Telle est l'idée de la comédie de M. Harel. Nous n'en avons donné qu'un rapide aperçu. Accompagner pas à pas l'auteur dans le sentier tortueux de toutes ses combinaisons, souvent obscures et insaisissables, c'était s'engager dans un labyrinthe L'idée, en effet, est du domaine de la comédie philosophique mais M. Harel l'a malheureusement égarée en des routes incertaines où il est difficile de la suivre sans se perdre avec elle Souvent aussi il la dénature en poussant l'analogie entre les petites choses et les grandes, et jusqu'au paradoxe, jusqu'à l'exagération--Beaucoup d'esprit, un esprit amer et triste, d'un ton mordant et âpre, a tenu le public en éveil pendant les deux premiers actes; des scènes plaisantes, des traits de satire et de caractère, se sont fait vivement applaudir; mais le parterre a perdu patience pour le reste, trouvant que l'esprit des trois dernier; actes ne suffisait pas pour amnistier les embarras de la composition. M. Harel n'a pas été homme sans protestations et sans résistance.

Les acteurs ont vaillamment combattu pour sa cause, et au premier rang. MM Samson, Provost. Régnier et Geoffroy. Il fut nommer aussi mademoiselle Denain pour son bon goût et sa grâce simple et naturelle.

Mademoiselle Rose est une vieille fille de province. Comment mademoiselle Rose est-elle vieille tille? comment n'a-t-elle pas trouvé vingt maris pour un? Mademoiselle Rose a cinquante mille livres de rente. Un gâteau de miel de deux millions, quel appât pour attirer les mouches, c'est-à-dire les prétendants! Mademoiselle Rose a fait la difficile et la fière, voilà le fin mot de l'histoire, et la jeunesse a fui, et les quarante ans ont sonné; voir la fable de La Fontaine.

Mademoiselle Rose sera-t-elle réduite à épouser un malotru? faudra-t-il qu'elle se contente d'un limaçon, comme la commère la carpe? Nous allons voir.

Malgré ses cinquante ans (j'avais dit quarante par galanterie) mademoiselle Rose est pourchassée par un notaire de la ville; ce notaire est une espèce de prud'homme, gros et important, solennel et grand parleur; il n'est pas jeune, et il a une gouvernante; cependant mademoiselle Rose le voit d'un oeil clément et favorable, car mademoiselle Rose a envie d'en finir et de devenir madame. Le notaire s'insinue donc peu à peu dans le coeur de mademoiselle Rose et en fait la conquête, quand un jeune homme arrive de Paris; celui-là a vingt-cinq ans: il vient visiter mademoiselle Rose jour lui demander la main de sa nièce, qu'il aime, et dont il est aimé, Par un quiproquo de vieille fille impatiente de ne plus l'être, mademoiselle Rose prend la demande pour elle-même. Jugez de sa joie! avoir un jeune mari! Aussi, quelle gaieté! quels transports! tout s'anime dans la maison de la mademoiselle Rose, si longtemps silencieuse et morne.

Le plus embarrassé, c'est notre jeune homme. S'il détrompe mademoiselle Rose, il perdra son amitié et sa nièce avec elle: s'il l'épouse, la nièce est encore plus sûrement perdue; donc il agit d'adresse; et à force de ruses, de ménagements et de précautions oratoires il se débarrasse de mademoiselle Rose sans trop la fâcher. De guerre lasse, la vieille fille se rejette sir le notaire.

Diable! si elle épouse le notaire, le mal sera grand! la nièce y perdra l'héritage, et cinquante mille livres de rentes sont bonnes à garder. Notre jeune Parisien vient d'échapper à un premier danger, au danger de devenir le mari d'une fille de cinquante ans. Il se met en garde contre cet autre péril, non moins grand, d'épouser une nièce sans héritage et sans dot. Le voici à la manoeuvre; il va, il vient, il se démène, pousse les valets, agite les servantes, met en jeu la gouvernante du vieux tabellion, et le harcèle, le malmène, le mystifie si bien lui-même, qu'à la fin il est obligé d'abandonner sa proie. Mademoiselle Rose restera fille; elle ne veut plus entendre parler ni des vieux ni des jeunes, et dote richement sa nièce, que le vainqueur épouse.

Cette histoire de vieille fille est vive, leste, plaisante, bien menée et d'une gaieté de bon aloi; elle a fait rire le public, ravi du premier mot au dernier. Les auteurs sont MM. Alphonse Royer et Gustave Vaez.

On ne rit guère avec la famille Renneville, ou plutôt l'on ne rit pas du tout; mais en revanche vous pouvez pleurer, pour peu que la chose vous fasse plaisir. La famille Renneville est une famille parfaitement malheureuse: le fils aîné est mort de chagrin, victime de l'infidélité et de l'abandon d'une femme coupable: le grand-père, resté seul avec l'enfant de ce mariage malheureux, se désole. Le temps aidant, la jeune fille atteint ses dix-huit ans; il s'agit de la marier. Le grand-papa la destine à son neveu, un assez pauvre personnage: mais la petite aime M. Jules Delmas. Le père Renneville s'emporte; Delmas est un nom odieux pour lui: c'est un Delmas qui a tué son fils, déshonoré sa bru et jeté ainsi la honte et le désespoir dans sa famille, Caroline n'épousera jamais un Delmas:

Ou insiste et l'on résiste: ce ne sont plus que menaces, larmes et évanouissements. Enfin, une femme intervient; cette femme, inconnue d'abord, est l'épouse coupable, la mère de Caroline: elle verse de tels torrents de pleurs, elle a de si beaux accès de repentir, que tout le ressentiment du vieux Renneville s'en va peu à peu, et finit par s'éteindre complètement. Une fois décidé à pardonner, il ne regarde pas à un pardon de plus ou de moins, et en donne à tout le monde, à sa petite-fille, à la femme coupable, et aux Delmas! Le tout est couronné d'une bénédiction nuptiale. MM Moleri et Léonce ont fait là une bien honnête pièce; c'est tout ce qu'on peut en dire.