Lope de Vega a prêté à M. Hippolyte Lucas l'Hameçon de Phénice; gare à qui s'avise de se prendre à cet hameçon! Phénice aussitôt le happe et le dépouille; puis, quand la traîtresse n'a plus rien à dérober, elle chasse le crédule et le met à la porte; l'hameçon de Phénice, vous le devinez, est un hameçon qui a pour perfide amorce un sourire scélérat et deux beaux yeux.

Le jeune Fantasio y mord avec l'insouciance et la légèreté de ses vingt ans, et bientôt Fantasio est perdu; il y laisse son or, son coeur et ses diamants; puis Phénice le traite comme vous savez, et le remplace par un autre. Un vieux serviteur de Fantasio se trouve là heureusement et le venge, par mille soins et mille ruses, il reprend à Phenice l'or et les bijoux de son jeune maître, et quand la perfide cherche son trésor, elle ne trouvé plus qu'un sac de coquillages ramassés le matin sur les bords de la mer.

Le tableau est poussé par Lope de Vega jusqu'à la plus extrême hardiesse. M. Hippolyte Lucas n'étant pas Lope de Vega, s'est contenu dans les bornes permises.--M. Hippolyte Lucas est un juge trop indulgent envers autrui pour qu'on ne le complimente pas sur l'élégance et l'esprit de cette petite galanterie en un acte et en vers.

Parlez-moi de la Fille de Figaro! A la bonne heure, celle-là a tous les talents et tous les mérites: du coeur et de l'esprit, de la gaieté et de la sensibilité: elle plaît, elle amuse et elle intéresse; quel charmant cumul!

Pour le coeur, la fille de Figaro le prouve en se dévouant au bonheur d'une jeune fille qui lui a sauvé la vie; pour l'esprit et la gaieté, nous avons aussi à fournir de bons certificats. Voyez la fille de Figaro s'occupant de marier sa bienfaitrice au jeune amant qu'elle aime: mille obstacles, mille dangers se jettent à la traverse... qu'importe à la fille de Figaro? elle n'est pas pour rien la fille de cet illustre père. Faut-il encourager nos jeunes amoureux? la fille de Figaro est là; faut-il déjouer les projets d'un méchant tuteur, gagner les ministres, attendrir les impératrices et les empereurs eux-mêmes? la fille de Figaro est toujours là. Elle est partout, en tous lieux, sous tous les noms et sous tous les habits, femme ou homme, usant de ruse ou d'audace, allant à ses fins de front ou de biais.

La fille de Figaro est habile et intrépide, surtout au plus fort de la mêlée. Par exemple, vous la croyez prise; l'empereur a donné l'ordre de l'arrêter; la crosse des fusils heurte à la porte; on entre, on va la saisir; c'en est fait, la fille de Figaro est perdue, et les amours de nos jeunes gens succomberont du même coup. Ah! que vous connaissez peu la fille de Figaro! C'est dans l'extrême péril que son génie brille; une autre se laisserait prendre: elle, d'une main hardie, déchire ses vêtements féminins, et sort, comme une chrysalide de son enveloppe, fièrement vêtue d'un uniforme d'officier des guides: «Place à un officier de l'empereur!» s'écrie-t-elle; et on lui fait place, et les soldats venus pour l'arrêter la saluent respectueusement du salut militaire.

Théâtre du Palais-Royal.--La Fille de Figaro. 4e
acte.--Mademoiselle Fargueuil et madame Pernon.

Maintenant qu'elle est libre, les choses vont aller bon train: elle s'élance au combat avec une nouvelle ardeur, renverse tout ce qui lui fait obstacle, saute par-dessus les tuteurs, escalade les secrétaires-généraux, prend d'assaut le coeur impérial lui-même, et marie sa protégée, pour dénouement à ce brillant bulletin des batailles et conquêtes de la fille de Figaro.

Mille imbroglios charmants se compliquent et se dénouent agréablement dans cette joie comédie de M. Mélesville; Figaro n'est pas malheureux père; mademoiselle Fargueuil est une fille gracieuse et spirituelle, dont le mari de Suzanne peut se vanter.