Châtiment des quatre piquets, dans les colonies, par M. Marcel Verdier.

M. Marcel Verdier,--Châtiment des quatre piquets dans les colonies, «L'esclave condamné est attaché à plat-ventre, les bras et les jambes étendus à quatre piquets fixés en terre. C'est dans cette position violente et le corps nu qu'il reçoit le châtiment; l'instrument du supplice est un fouet long de sept à huit pieds fixé à un manche très-court.» A gauche du supplicié, se voit tranquillement assise la famille du planteur; le maître du malheureux nègre fume son cigare d'un air nonchalant et distrait, et pendant que le fouet coupe les chairs de l'esclave et fait ruisseler son sang, un aimable sourire est sur les lèvres de la jeune femme du planteur; les cris de la victime ne peuvent troubler la pureté de son front, la clarté douce de son regard; son enfant seul semble effrayé et se réfugie dans le sein de sa mère; mais on prévoit déjà que son oreille se familiarisera bientôt avec ces gémissements douloureux, que son oeil s'accoutumera de bonne heure à ces horribles spectacles, et qu'un jour, lui aussi, il fumera paisiblement, comme son père, devant le supplice de ses nègres.

Nous avons entendu dire que ce tableau, remarquable d'expression et de dessin, fut rejeté par le jury, à cause du sujet même. On a craint apparemment que la pitié publique ne fut trop vivement excitée par cet affreux spectacle, et que les journaux négrophobes n'accusassent le peintre de chercher à soulever la haine populaire contre nos malheureuses colonies. Cette explication seule, fort peu satisfaisante d'ailleurs, pourrait motiver le rejet de ce tableau, qui vaut évidemment mieux, et par le sentiment et par l'exécution, que beaucoup de toiles historiques ou de genres admises, cette année, à l'Exposition du Louvre.

Parmi les autres tableaux que M. Marcel Verdier a envoyés aux galeries Bonne-Nouvelle, nous avons surtout remarqué, sous le n° 223, un beau portrait de M. G. de Labédollierre, l'un des plus spirituels physiologistes des Français peints par eux-mêmes.

Nous eussions aussi aimé voir dans les galeries des Beaux-Arts les tableaux et les sculptures de ces artistes distingués qui, rebutés par d'injustes refus, ne veulent plus s'exposer désormais à de semblables sévérités, turpique repulsae, et ne travaillent plus pour le public. Chacun comprendra combien sont légitimes nos regrets en jetant les yeux sur le bénitier dont nous donnons ici la gravure. Mademoiselle de Fauveau est précisément un de ces artistes consciencieux, que les rigueurs du jury semblent avoir à tout jamais dégoûtés de l'Exposition. Mademoiselle de Fauveau envoya il y a deux ou trois ans à la commission d'examen un charmant miroir avec un cadre merveilleusement ouvré.

Le miroir fut refusé, comme meuble; il y a pourtant au Salon plus d'une toile dont personne assurément ne voudrait décorer les murs de son antichambre; mais ne récriminons pas contre le passé. Mademoiselle de Fauveau, aujourd'hui à Florence, patrie de Benvenuto Cellini, continue, et nous l'en félicitons, à faire de ces meubles dont le jury ne veut pas. Le bénitier que nous illustrons ici suffit d'ailleurs à faire le plus bel éloge du gracieux talent de cet artiste.--Mademoiselle de Fauveau a voulu traduire sous une forme visible, sous une image vivante, le verset de la prière: Sub umbra alarum tuarum protege me. Ce verset est écrit au bas du bénitier afin que l'action pieuse de l'ange gardien soit parfaitement comprise, et qu'il ne soit pas possible de croire, comme faisait un Anglais, que son aile est uniquement étendue pour garantir l'eau lustrale de la poussière. Sur les deux côtés de la chapelle gothiques ont écrits en vieux caractères des vers de Clément Marot qui paraphrasent naïvement le verset déjà cité.


Un Bénitier par mademoiselle de Fauveau.

Or du subtil arq des chasseurs,
Et de toute l'oultrance
Des pestiférés oppresseurs,
Te donra délivrance;
Seur seras sous son esle,
Sa deffense te servyra
De targe et de rondelle;
Si que de nuict ne craindras point
Chose qut espouvante,
Ne dard ne sagette qui poinct
De jour en l'air volante,
N'autenne peste cheminant
Lorsqu'en ténèbres sommes,
Ne mal soubdain exterminant
En plein midy les hommes.

Il nous restera à parler dans un dernier article, de quelques autres tableaux, et principalement de la Mort de Messaline, par M. Louis Boulanger.

DON JUAN.

CHANT DIX-SEPTIÈME.