Mais M. Michelet nous fait oublier Apollon sur son char, traîné par quatre chevaux et entouré de dauphins et de Tritons; le peuple, voyant toute l'année ce pesant attelage échoué sur ou bas-fond de deux pieds d'eau, l'a moqueusement surnommé le Char embourbé; mais ce char reprend, à cette heure, sa course légère et victorieuse: il lance vers le ciel trois jets d'eau magnifiques de soixante et cinquante pieds au moins, et à travers ce nuage transparent, à demi voilé sous ces brillantes vapeurs, le dieu du jour, source du feu, recouvre tout son éclat et apparaît comme une digne image de ce splendide soleil qui d'en haut l'inonde de ses rayons, et met dans chaque goutte d'eau toutes les couleur de l'arc-en-ciel. Bientôt, fatigué d'avoir fourni cette glorieuse carrière, le dieu ira se reposer au banquet d'Apollon, parmi les nymphes de Girardon; il laissera paître en liberté ses coursiers hennissants, et viendra s'asseoir en paix dans cette grotte fameuse que La Fontaine a chantée en de si beaux vers:
Le dieu, se reposant sous les voûtes humides
Est aussi au milieu d'un choeur de Néréides;
Toutes sont des Venus de qui l'air gracieux
N'entre point dans son coeur et s'arrête à ses yeux.
Mais qui pourra dépeindre en langue du Parnasse
La majesté du dieu, son port si plein de grâce,
Cet air que l'on n'a point chez nous autres mortels,
Et pour qui l'age d'or inventa des autels?...
Maintenant il faut aller nous étendre sur les gazons toujours verts qui bordent la plus belle et la plus grande de toutes les pièces. Appuyé sur le coude, comme les convives grecs et romains, nous regarderons en paix la merveilleuse fabrique de Gaspard de Marsy, et nous remplirons nos yeux de la magnificence de ces eaux, qui s'élancent d'un si puissant essor, et retombent avec tant de grâce en une pluie phosphorescente: le Dragon, Neptune, Amphitrite, les tritons, les chevaux marins, les phoques, les naïades, tous mêlent leurs flots et leurs vapeurs; pendant que les vingt-deux jets d'eau, qui s'élèvent du milieu des vases de métal, forment, en se réunissant dans leur chute, une cascade écumante, s'échappent dans les coquilles et les mascarons, et retombent enfin dans la grande pièce, qui rugit comme une mer en courroux.