--Mais on n'entre pas ainsi chez le prince, surtout à pareille heure.

--Je suis attendu, reprit maître Balthazard avec un certain aplomb.

--Ah! c'est différent. Je vais voir si Son Altesse peut vous recevoir. Qui faut-il annoncer?

--Le directeur privilégié du théâtre de la cour.

--Vous dites?»

Maître Balthazard répéta sa phrase d'une voix claire et en détaillant nettement les syllabes. On le laissa seul un instant; et déjà il commençait à douter du succès de son audace et de son mensonge, lorsqu'il reconnut la voix du prince qui disait:

«Faites entrer!»

Il entra. Le prince était assis dans un vaste fauteuil à la Voltaire, devant une table couverte d'un tapis vert, sur laquelle se trouvaient pêle-mêle des papiers, des journaux, une écritoire, un sac à tabac, deux flambeaux, un sucrier, une épée, une assiette, des gants, une bouteille, des livres et un verre en cristal de Bohême artistement gravé. Son Altesse se livrait à une occupation toute nationale; elle avait aux lèvres une de ces longues pipes que les Allemands ne quittent que pour manger et pour dormir.

Le directeur privilégié du théâtre de la cour s'inclina trois fois, comme s'il se fût préparé à faire une annonce au public; puis il garda le silence, attendant le bon plaisir du prince, Mais, à défaut de paroles, le visage de Balthazard était si expressif, que le prince lui répondit.

«Eh bien! oui, vous voilà... Certainement je vous reconnais, et je me souviens de ce dont nous sommes convenus dans notre rencontre à Bade. Mais vous arrivez dans un bien mauvais moment, mon cher monsieur!