--Je demande pardon à Votre Altesse si je me suis présenté à une heure indue, répondit Balthazard en s'inclinant de nouveau.
--Il ne s'agit pas de l'heure, reprit vivement le prince. Ah! si ce n'était que cela! Tenez, voici votre lettre, je la lisais tout à l'heure, et je regrettais qu'au lieu de m'écrire il y a trois jours, à moitié chemin de votre voyage, vous ne m'eussiez pas averti deux ou trois semaines avant de vous mettre en route.
--J'ai eu tort.
--Plus que vous ne le pensez; car si vous m'aviez prévenu d'avance, je vous aurais épargné un voyage inutile.
--Inutile! s'écria Balthazard avec effroi... Est-ce que Votre Altesse aurait changé d'idée?
--Non, j'aime toujours le spectacle et je serais enchanté d'avoir ici un théâtre français; sous ce rapport, mes idées et mes goûts n'ont pas varié depuis l'été dernier; mais, par malheur, je ne puis plus les satisfaire. Tenez, venez voir, continua le prince en se levant.»
Il prit Balthazard par le bras, et le conduisit devant une fenêtre qu'il ouvrit.
«Je vous avais dit l'année dernière que je faisais construire dans ma capitale un magnifique théâtre.
--Oui, monseigneur.
--Eh bien! regardez, de l'autre côté de la place, en face de mon palais: le voilà!