Deux places étaient devenues vacantes dans la section de médecine et de chirurgie, telle de M. Double et celle du vénérable Larrey.
Parmi les candidats nombreux qui se présentaient pour la première, trois médecins haut placés dans la science se partageaient les voix de l'école et du monde médical, M. Andral et M. Rayer, non moins célèbres par leurs ouvrages que par leur pratique, et M. Cruveilhier, qui a fait pour l'anatomie pathologique ce que la mort avait empêché Bichat d'exécuter.
On s'accordait assez généralement à placer M. Andral au premier rang, et la section, juge suprême en ce point, partageait l'opinion générale; mais on était fort embarrassé de savoir comment s'en tirer poliment avec les deux autres candidats, qui ne sont pas de ces hommes qu'on puisse traiter sans cérémonie.
On a toujours reproché à la médecine de s'entendre fort bien avec la mort, et nous devons avouer humblement que cette fois la mort vint merveilleusement en aide à messieurs les médecins candidats et académiciens. Une place devint vacante, dans la section d'agriculture, par le décès de M. Morel de Vindé; alors M. Rayer se désista de sa candidature en médecine, et arguant de ses travaux sur quelques maladies des animaux domestiques, il se présenta comme candidat pour la section d'agriculture.
Restaient deux candidats qui dominaient évidemment les autres, et l'on pensait que la section les présenterai tous deux sur la même ligne; c'était un honneur mérité, une sorte de dédommagement pour le moins heureux.
Mais la section académique n'a pas cru devoir agir ainsi. Elle a placé au premier rang, et sur la même ligne que M. Andral, M. Poiseuille, à qui ses beaux travaux sur la circulation ouvriront sans doute un jour les portes de l'Institut, mais dont les titres, aux yeux du public médical, ne sont pas supérieurs, ni même égaux à ceux de M. Cruveilhier.
Au second rang était M. Cruveilhier.
Au troisième. MM. J. Guérin et Bourgery.
M. Andral a été élu le 6 mars.
Quinze jours après la nomination de M. Andral, M. Rayer a été élu en remplacement de M. Morel de Vindé. Que M. Rayer entrât à l'institut, rien de plus juste; mais qu'il y soit entré dans la section d'agriculture, c'est là un de ces coups de théâtre académiques dont tout le monde est surpris; car enfin, malgré ses travaux sur la morve et le farcin, ce n'est point comme vétérinaire ni comme agronome, c'est comme médecin que M. Rayer a été nommé membre de l'institut. Loin de nous la pensée de critiquer un choix auquel tout le monde applaudit; mais ce qui nous semble moins à l'abri de la critique, c'est la division de l'Académie par sections, division qui nous parait tout-à-fait inutile, peut-être même un peu contraire à la fusion, à la fraternité si désirables dans un corps savant, et dont le résultat principal est d'amener, par exemple, l'admission dans la section d'astronomie d'un médecin qui aurait étudié l'influence de la lune sur les maladies.
Pendant que l'Académie s'occupait de remplacer M. Double, les candidats se présentaient en foule pour le fauteuil de M. Larrey, et chacun d'eux faisait de son mieux pour l'obtenir.
Ces candidats pouvaient se diviser en deux classes, les chirurgiens proprement dits et les hommes spéciaux. Parmi ces derniers, un opérateur habile qui, le premier, a employé sur le vivant les instruments de la lithotritie, avait, disait-on, beaucoup de chances d'être élu, quoiqu'il eût pour rivaux des hommes plus haut placés que lui dans la science. On s'en étonnait: «Et pourtant, disait M...., chirurgien lui-même et membre de l'institut, rien n'est plus facile à concevoir.