«Les membres de l'Institut se divisent en trois classes: 1º ceux qui ont la pierre; 2º ceux qui ne l'ont pas et qui craignent de l'avoir; 3º enfin, et ce sont les moins nombreux, ceux qui ne l'ont pas et qui ne craignent pas de l'avoir. Ces derniers seulement, ajoutait M......, ne voteront pas pour le lithotriteur.

Cependant cette prédiction ne s'est pas tout-à-fait réalisée, la section n'a pas admis d'hommes spéciaux parmi les candidate qu'elle a présentés, et M. Civiale n'a pu réunir que quinze voix. Ce doit être une consolation pour l'inventeur des instruments de la lithotritie, de voir que du moins il n'a pas été vaincu avec ses propres armes.

Les candidats présentés aux choix de l'Académie étaient portés sur la liste dans l'ordre suivant:

1° M. Lallemand;
2º M. Lisfranc;
3º M. Ribes;
4º MM. Velpeau et Gerdy;
5º MM. Amussat et Bégin;
6° M. Jobert de Lamballe.

L'ordre de cette liste a beaucoup surpris le monde médical. Des travaux remarquables et le respect dû à son âge faisaient comprendre que M. Lallemand occupât le premier rang; mais la section de médecine et de chirurgie peut seule nous dire quels motifs lui on fait placer au quatrième et au cinquième rang MM. Velpeau, Gerdy et Bégin, qui pouvaient figurer au premier; pourquoi M. Jobert s'est vu rejeter au sixième rang, etc.

Nous aurions beaucoup à dire sur ce chapitre; mais, loin de chercher le scandale, nous le fuyons, et nous savons qu'on doit la paix aux vaincus.

Des voix qui n'avaient pu se faire écouter au sein de la section ont repris de l'influence dans le comité secret. L'Académie a voulu discuter non-seulement les titres scientifiques, mais tous les antécédent des candidats, et connaître non seulement le savant, mais aussi l'homme sur qui devrait tomber son choix; puis, après cette enquête solennelle, et sans s'arrêter à l'étrange classification de la section de chirurgie, elle a élu M. Velpeau.

Maintenant qu'à l'agitation électorale, aux angoisses de la lutte, a succédé le calme, essayons de donner à nos lecteurs une idée sommaire des travaux les plus intéressants dont on ait entretenu l'Académie dans ces derniers temps.

Une question importante dans ses rapports avec les sciences médicales et avec l'économie sociale tout entière, c'est celle de la formation des matières azotées neutres de l'organisation et des matières grasses, qui passent successivement des végétaux aux herbivores et de ceux-ci aux carnassiers. Cette question se rattache à tous les phénomènes de l'alimentation.

MM. Dumas et Boussingault, dans leur Essai de physiologie chimique, avaient posé en principe que l'albumine, la librine et la caséine, ces trois substances si abondamment répandues dans les solides ou les liquides de l'économie, existant dans les plantes; qu'elles passent toutes formées dans le corps des herbivores, d'où elles sont transportées dans celui des carnivores; que les plantes seules ont le privilège de fabriquer ces produits, dont les animaux s'emparent, soit pour les assimiler, soit pour les détruire, selon les besoins de leur existence.