Cependant les eaux de Versailles sont encore riches, assez pour retenir le nom d'incomparables qui leur fut donné par les détracteurs mêmes de Versailles et du grand roi; mais beaucoup les méprisent aujourd'hui, parce qu'elles sont abandonnées à la foule bourgeoise, parce qu'elles sont devenues de banales réjouissances, semblables aux feux d'artifice et aux divertissements des Champs-Elysées.

Les poètes, coeurs solitaires, viennent sous les ombrages de Versailles rêver aux temps évanouis, aux splendeurs éclipsées; ils viennent réveiller dans le parc désert les souvenirs du grand siècle, demander aux statues pensives:

.... Les secrets de ce passé trop vain,

De ce passé charmant, plein de flammes discrètes.

Où parmi grands rois naissaient les grands poètes.

La nature, si oublieuse partout ailleurs, semble porter ici, au contraire, l'ineffaçable empreinte de ses premiers maîtres; des ombres amoureuses, des fantômes magnifiques peuplent ces allées silencieuses, le vent murmure les vers de Racine et de Molière, les grands escaliers apparaissent encore

Montés et descendus par des gens en parure.

Le poète se mêle à la foule des courtisans brodés et dorés, il rend à Versailles ses fêtes, ses amours d'autrefois, et il croit voir briller l'image éclatante du grand roi dans les eaux jaillissantes, teintes de mille couleurs par les rayons de ce soleil que Louis XIV avait pris pour emblème. Mais, à toutes ces belles imaginations, il faut le silence et la solitude, il faut le parc désert et les charmilles abandonnées. Comme le fidèle serviteur des anciens seigneurs, le poète s'enfuit devant la foule des nouveaux maîtres, qu'il traite en lui-même d'usurpateurs profanes et sacrilèges; il déteste, dans ce château royal, la fête bourgeoise, la réjouissance plébéienne.

Eaux de Versailles.--Fontaine du Point du Jour.