Cependant ils arrivent ces nouveaux maîtres. Marie-Antoinette,
De Trianon l'auguste et jeune déité,
comme l'appelait Delille; Marie-Antoinette, au grand scandale de tous, mettait trente-cinq minutes à faire le chemin de Paris à Versailles, crevant les piqueurs et les chevaux. La foule, nouvelle maîtresse de céans, y arrive moitié plus vite que la reine Marie-Antoinette, et dans un équipage cent fois plus beau, plus splendide à voir, iguiromis equis; chacun des bonds de ces vigoureux coursiers apporte à la fête mille nouveaux spectateurs, et ce flot toujours croissant envahit les avenues, les bosquets, les charmilles, les jardins, se heurtant, se pressant dans les immenses allées, devenues trop étroites pour contenir Paris tout entier. Paris endimanché, Paris qui vient visiter son château et son parc de Versailles Louis XIV n'arrivait pas avec cette pompe et ce fracas. Napoléon et tout son cortège impérial ne suffisaient pas à remplir ainsi la vaste demeure; Versailles était véritablement fait pour le peuple, car le peuple est seul assez grand pour en peupler les immenses solitudes. Mieux encore que le grand roi, il peut dire: Versailles, c'est moi; car c'est lui qui l'a payé, c'est lui qui l'a bâti, c'est lui qui l'a planté. Vingt mille francs! vingt mille francs! disait Louis XIV à chaque petit article nouveau du plan que lui exposait Le Nôtre; c'est-à-dire vingt mille francs de taxes, vingt mille francs d'impôts ajoutés encore à la misère publique. Les allées s'élevaient tout d'un coup par enchantement, plantées d'une seule fois, à un roulement de tambour; les eaux de la Seine étaient apportées sur la montagne, de gigantesques travaux essayaient de détourner le cours de l'Eure; mais toutes ces merveilles s'accomplissaient à la ruine des misérables; l'infanterie entière, l'infanterie glorieuse de Rocroy et de Fribourg, périssait à la tâche; trente six mille travailleurs se consumaient pour ces féeries royales: «Toutes les nuits, dit madame de Sévigné, on emportait des chariots remplis de malades et de morts.» --Et puis, par un triste retour, le sang des gardes du corps de la raine, qui rougit encore une des corniches du château, n'atteste-t-il pas que le peuple, après avoir pavé de son argent et construit de ses bras le royal Versailles, y est entré un jour en conquérant, en maître, disant:
C'est pour me divertir que les nymphes sont faites,
C'est pour moi dans ce bois que de savantes mains
Ont mêlé les dieux grecs et les Césars romains...?
Pourquoi donc s'étonner que le bourgeois veuille jouir à son tour de ces ombrages et de ces eaux? Pourquoi ferait-il tache à toute cette magnificence de verdure et de marbre? Sans doute il ne vient point au parc chercher des émotions historiques; il ne vient point rêver sous les arbres.
D'où tombaient autrefois des rimes pour Boileau;
il ne pense guère aux femmes de l'autre temps; il ne se rappelle point dans ces bosquets-, auprès de ces bassins.
Chevreuse aux yeux noyés, Thiange aux airs superbes: