Les années suivantes les fondateurs prirent la qualification de mainteneurs, s'adjoignirent un chancelier et un bedeau, et rédigèrent leurs statuts. Le Conseil municipal leur vint en aide, vota des fonds pour deux nouveaux prix, l'églantine et le souci et accorda au Collége du gay savoir, l'autorisation de siéger à l'hôtel-de-ville, connu des lors sous le nom pompeux de Capitole. L'institution acquit tant de célébrité, qu'en 1388, Jean d'Aragon, par une ambassade expresse, priait Charles VI de lui expédier des poètes languedociens, afin d'introduire la gaie science en Espagne, studia partices quam gayam scientiam vocabunt instituerentur. Peu de rois s'aviseraient aujourd'hui de demander à leurs voisins un assortiment de littérateurs; on aimerait mieux en exporter.

Pendant le quinzième siècle, la société du gay savoir tint régulièrement ses assemblées. Un dame noble et riche, Clémence Isaure, acheva de consolider l'oeuvre des mainteneurs, en lui consacrant plusieurs grands et notables revenus. Il est resté si peu de documents sur l'histoire de cette femme célèbre, que plusieurs écrivains graves, Catel, Lafaille, Cazeneuve, et tout récemment les auteurs de l'Histoire de la ville de Toulouse, ont trouvé plaisant de présenter Clémence Isaure comme un personnage imaginaire.

Après sa mort, on lui éleva une statue, qui figura d'abord sur le mausolée de l'illustre dame, les mains jointes et un lion à ses pieds. Le conseil municipal imagina, en 1627, de la mutiler sous prétexte de l'embellir. Deux artistes, les nommés Aure et Pascot, furent chargés de raccommoder et blanchir le visage, de lui ôter le chapelet qu'elle avait, de refaire les bras, de couper le lion qui était sous ses pieds, et d'en faire une plinthe.

Statue de Clémence Isaure, en marbre
blanc, dans la salle du grand Consistoire,
au Capitole de Toulouse.

La salle où elle est aujourd'hui placée sert aux séances particulières des académiciens. Sur le piédestal, on lit une épitaphe, dont voici la traduction: «Clémence Isaure, fille de Louis Isaure de la célèbre famille des Isaures, vécut cinquante ans dans le célibat et la vertu; elle établit pour l'usage public de sa patrie des marchés au blé, au vin, au poisson et aux herbes; elle les légua aux capitouls et citoyens de Toulouse, à condition qu'ils célébreraient tous les ans les Jeus floraux dans la Maison-de-Ville qu'elle avait fait bâtir à ses frais; qu'ils iraient jeter des roses sur son tombeau, et que le reste des revenus serait employé à un banquet. Si l'on néglige d'exécuter sa volonté, que le fisc s'empare du legs de plein droit, et exécute la condition ci-dessus. Elle a voulu, de son vivant, qu'on lui érigeât ce monument où elle repose en paix.»

La société littéraire des Jeux floraux, érigée en Académie par lettres patentes de Septembre 1694, a conservé ses vieux usages presque aussi religieusement que ses vieux souvenirs. Les revenus de la place de Ia Pierre, l'un des immeubles légués à la ville par dame Clémence, contribuent encore aux frais de la cérémonie annuelle. L'Académie, après avoir suspendu ses séance de 1790 à 1806, les a reprises et continuées paisiblement jusqu'à nos jours, et les récompenses qu'elle distribue ne sont pas sans influence sur l'état intellectuel du midi.

Le nombre des mainteneurs, fixé à trente-six par les lettres patentes, est de quarante depuis un édit de 1725. Le préfet de la Haute-Garonne et maire de Toulouse sont académicien né. On compte parmi les membres du docte tribunal le baron de Lamothe-Langon, le comte Jules de Rességuier, M. Alexandre Soumis (de l'Académie française), et le baron de Montbel, ancien ministre. Ceux qui ont obtenu trois prix, autres que le lis, peuvent demander à l'Académie des lettres de Maîtres ès jeux floraux. MM. Victor Hugo, de Chateaubriand, Babur-Lormian, Bignan, Rebout de Nîmes, sont maîtres des jeux floraux. On voit que les sept présidents de la gaie compagnie ont d'assez dignes successeurs.

L'Académie a cinq fleurs à distribuer:

1. L'amarante d'or, d'une valeur de 100 fr., prix de l'ode, institué par les lettres patentes de 1694;