IV.--SCIENCES PHYSIQUES ET CHIMIQUES.
Nouvel acide du soufre.--La découverte de ce composé est la plus intéressante dont l'Académie ait eu à s'occuper. MM. Furdos et Gélis, en examinant avec soin l'action de l'iode sur les hyposulfites et plus particulièrement sur ceux de soude et de baryte, ont reconnu ce nouvel acide, qui peut être appelé acide hyposulfurique bisulfuré. Il est incolore et sans odeur, d'une saveur acide très prononcée, il n'a que peu de stabilité, et même, à la température ordinaire, ses éléments subissent peu à peu une dissociation de laquelle résulte du soufre, de l'acide sulfureux et de l'acide sulfurique. La série des combinaisons oxygénées du soufre, à laquelle M. Langlois a ajouté, il y a deux ans, l'acide hyposulfurique, vient donc de s'accroître d'un nouveau composé qui est aujourd'hui le sixième connu. Le rapport de M. Pelouze, sur le travail de MM. Fordos et Gélis, a été très favorable: «L'Académie, a-t-il dit, voudra encourager les efforts de deux jeunes chimistes qui, dans une position modeste, cultivent les sciences avec tant d'ardeur et de succès.»
Chimie moléculaire-M. Pelouze avait lu un mémoire sur l'acide hypochloreux, suivi de quelques observations sur les mêmes corps considérés à l'état amorphe et à l'état cristallisé. Cet académicien avait conclu de ses expériences qu'il était important d'établir une distinction, même au point de vue purement chimique, entre des corps qui ne diffèrent que par un état particulier d'agrégation, tels que l'oxyde de mercure précipité d'une dissolution mercurielle, et l'oxyde obtenu par la calcination du nitrate, ou encore la craie et le spath d'Islande. M. Gay-Lussac, «tout en s'associant pleinement aux éloges que mérite la première partie du mémoire de M. Pelouze,» a critiqué les conclusions de la seconde partie. Il a donné le détail de nouvelles expériences desquelles il semble bien résulter que l'on ne saurait voir dans la différence d'action du chlore, sur les deux oxydes de mercure, autre chose que l'effet d'une cause purement mécanique. Il a rappelé aussi que MM. Dumas et Stas ont fait brûler le diamant dans l'oxygène plus facilement que l'anthracite et aussi bien que le carbone ordinaire.
Chimie appliquée.--Depuis longtemps M. Biot poursuit ses travaux si remarquables sur la polarisation circulaire et sur l'application des propriétés optiques à l'analyse chimique des mélanges liquides ou solides dans lesquels le sucre de canne cristallisable est associé à des sucres incristallisables. On comprend de suite toute l'importance des procédés de ce genre pour prévenir des fraudes commerciales trop fréquentes. On sait en effet que les sirops de sucre et les cassonades sont souvent falsifiés à l'aide de sucre de fécule ou de raisin (glucose), dont le prix est moindre et dont la composition chimique est aussi différente. On sait d'ailleurs que l'action de la chaleur détermine, dans les solutions de sucre de canne, la formation d'une quantité de mélasse ou de sucre incristallisable d'autant plus considérable que cette action est prolongée plus longtemps. Ou pourra donc également se servir des procédés optiques de M. Biot pour mesurer les proportions de sucre de canne cristallisable qui restent dans les mélasses, en décolorant par le charbon animal les solutions que l'on en formerait. Quelques essais de ce genre, tentés sur des mélasses des colonies provenant des raffineries les mieux dirigées, y ont fait découvrir au savant académicien des proportions de sucre cristallisable très considérables, qui se sont élevées à plus de 40 p. 100 de leur poids. Des expériences directes de M. Pelouze ont confirmé ces résultats de M. Biot. «Ce serait un beau problème commercial à résoudre que d'extraire des mélasses, par quelque procédé économique, une partie, sinon la totalité, de ce sucre cristallisable qu'elles renferment pour employer le reste, avec les portions incristallisables, à enrichir les sucres de fécule fabriqués par les acides.»
Photographie.--M. Moeser, physicien de Koenisberg, paraît être le premier qui ait signalé un nouveau genre d'images produites sous l'influence de la lumière, sur une surface polie, par un corps placé très près de cette surface. Les images de ce genre se forment sur un verre de montre placé bien près du cadran, sur les verres placés au devant des gravures encadrées, etc.. M. Moeser attribue ce curieux phénomène à des radiations lumineuses; M. Knoor de Kazan y voit l'influence de la chaleur, et donne le nom de thermographie à l'art nouveau qu'il veut créer. M. Fixeau rattache tout simplement la formation des images de Moeser à l'existence bien constatée des matières grasses et volatiles qui souillent la plupart des corps à leur surface. Enfin, en plaçant une médaille sur une plaque de verre au-dessous de laquelle se trouve une plaque métallique, M. Karsten (le fils du minéralogiste) a reconnu qu'il se forme une image sur la surface supérieure du verre, lorsqu'on fait tomber l'étincelle d'une machine électrique sur la médaille. Si la médaille repose sur plusieurs plaques de verre, et que la dernière soit en contact avec une plaque de métal, l'étincelle engendre des images sur toutes les plaques, mais seulement à leurs surfaces supérieures. Les images les plus faibles correspondent aux plaques les plus éloignées de la médaille. L'étincelle est nécessaire; M. Karsten n'a pas réussi avec l'électricité de la pile: les images, d'ailleurs, ne deviennent visibles qu'en les exposant à une vapeur; mais le souffle le plus léger suffit. La vapeur d'eau se dépose en gouttelettes sur toutes les parties dont l'état moléculaire a changé, tandis qu'elle se répand uniformément là où l'électricité n'a pas sensiblement altéré la plaque. L'effet est instantané et les dessins de la plus grande pureté.
Peu de temps après le vote de la loi qui accordait une récompense nationale à MM. Daguerre et Niepce, M. Arago avait indiqué une expérience très curieuse à faire au moyen du daguerréotype. M. Ed. Becquerel, répondant à ce appel, projeta un spectre solaire et stationnaire sur une plaque iodurée; et il reconnut, après l'expérience, que la matière chimique était restée intacte le long des stries qui correspondaient précisément aux raies que Frauenhofer a découvertes dans le spectre. Sur une nouvelle indication de M. Arago, M. Ed. Becquerel a renouvelé l'expérience en plongeant la plaque iodurée par moitié dans l'eau et dans l'air, et il a constaté qu'il n'y a aucune différence bien sensible entre les deux moitiés de l'image du spectre sur cette plaque. M Arago a donné à ce sujet des développements très curieux et propres à avancer la théorie de la lumière.
M. Daguerre a communiquée l'Académie, entre autres observations curieuses ou utiles sur l'art qu'on lui doit, un nouveau procédé de polissage des plaques. Au moyen de ce procédé, on obtient des résultats identiques tant que les circonstances extérieures restent les mêmes.
Physique expérimentale.--L'Académie a reçu un assez grand nombre de communications intéressantes qui se rattachent à ce titre,
M. Dupré a imaginé un appareil très simple et très ingénieux pour remplacer la machine d'Atwood, employée exclusivement jusqu'à ce jour, dans les cours publics, à la démonstration à posteriori, des lois de la pesanteur.
M. Mateucci, qui s'est livré spécialement depuis quelques années à l'étude des phénomènes électro-physiologiques des animaux, a fait, sur ce point important, des découvertes fort curieuses. D'abord, il a réussi à composer une véritable pile voltaïque avec des Grenouilles disposées de telle sorte, que les jambes de l'une posent sur les nerfs de l'autre; et il a constaté avec le galvanomètre que le courant propre de cet animal augmente dans l'acte de la contraction. Bien plus, il a reconnu le courant électrique musculaire dans toutes les masses musculaires, quel que soit l'animal. Ce courant est considérablement affaibli chez les animaux qui ont été tués par l'hydrogène sulfuré; il l'est aussi par l'influence du refroidissement et par celle de l'opium ingéré dans l'estomac.