L'opinion que l'huile répandue à la surface des flots peut produire du calme est fort ancienne. Elle a été reproduite récemment par M. Van Beek, qui a rédigé à ce sujet un mémoire inséré dans les Annales de chimie et de physique du mois de mars 1842. Après avoir rapporté plusieurs témoignages à l'appui de cette propriété merveilleuse, l'auteur émet l'idée que l'on pourrait trouver dans l'emploi de l'huile, pendant les tempêtes, un moyen de protéger les digues et autres constructions maritimes contre la violence des vagues, en la versant sur l'eau près du rivage. M. Van Beek qui est membre de l'Institut naval des Pays-Bas, a même fait, l'année dernière, à cette société savante, une proposition tendant à obtenir du gouvernement qu'il fît exécuter des expériences à ce sujet. Une commission de cinq membres nommée ad hoc a fait un seul essai duquel elle a tiré des conclusions défavorable à l'idée de M. Van Beek. Cependant deux des commissaires avaient fait séparément une expérience en versant une petite quantité d'huile dans un ruisseau, un jour où le vent soufflait avec violence, et ils observèrent un changement dans l'aspect et dans le mouvement de l'eau. Un autre membre de la commission avait obtenu ce même résultat dans une expérience semblable. Aussi M. Lipkens l'un des commissaires, a-t-il écrit à M. Arago pour réclamer contre la manière dont ses collègues ont opéré en son absence. Il a fait ressortir la nécessité d'opérer sur de flots soulevés par le vent et non par des brisants, et a montré que le jugement de la commission hollandaise ne pouvait être considéré comme décisif.
--M. Régnault a présenté à l'Académie, de la part de M. Reizet, une pile d'une construction nouvelle, remarquable par ses effets énergiques. Cette pile, imaginée par M. Bunsen, professeur de chimie à l'université de Marbourg, est formée de quarante éléments, occupe très peu d'espace et suffit pour produire tous les effets qu'on n'obtient ordinairement qu'avec un nombre d'éléments beaucoup plus considérable. L'Académie a pu en juger par les expériences qui ont été faites sous ses yeux.--M. Bunsen a fait des essais relatifs à un mode d'éclairage produit par un jet de lumière du courant entre deux pointes de charbon. Il s'est pour cela servi d'une batterie de quarante-huit couples. Le jet de lumière, en éloignant les pointes de charbon, pouvait être allongé jusqu'à 7 millimètres. M. Bunsen évalue l'intensité de cette lumière à celle de 572 bougies stéariques. La dépense, pour entretenir cette lumière pendant une heure, était: pour le zinc, 300 grammes, pour l'acide Sulfurique, 456 grammes, et pour l'acide nitrique, 608 grammes.
Le mois de mai.
Le mois de mai 1843 a eu à supporter les imputations les plus graves et on l'a accusé d'être plus froid, plus humide, plus variable, plus maussade que tous ses prédécesseurs. Les jardiniers, les promeneurs, les poètes, les fleuristes, les tailleurs, les couturières l'ont accablé d'imprécations. Voyons si ces accusations sont fondées. Plus heureux que les magistrats, forcés d'écouter des avocats, vous n'aurez pas, ô lecteur! de plaidoyer à subir, vous n'aurez point à peser en vous-même la valeur douteuse d'un argument et démêler la vérité au milieu des sophismes dont on cherche à l'obscurcir: tout se réduit à une question de chiffres. Un mois de mai froid, c'est celui où la température moyenne a été au-dessous de la température moyenne générale du mois de mai, considéré dans un grand nombre d'années Or, la température moyenne du mois de mai, déduite de quarante années d'observations métérologique faites à l'Observatoire de Paris, est de 14°, 4. Le mois de mai 1843 a donc été un mois froid, puisque sa température (13º, 6) est au-dessous de la moyenne générale. Cette température a-t-elle été extraordinairement basse? En aucune manière: il suffit, pour s'en convaincre de jeter les yeux sur le tableau suivant, qui présente la température moyenne et la quantité d'eau tombée pendant les mois de mai des vingt-trois années qui viennent de s'écouler.
Années Température Quantité de pluie
moyenne. centimètres.
1820 14,1 9,106
1821 12,1 4,610
1822 16,7 4,605
1823 15,2 5,430
1824 12,6 7,596
1825 14,2 6,436
1826 12,6 4,470
1827 14,6 11,620
1828 13,1 6,490
1829 14,9 9,030
1830 14,6 12,340
1831 14,2 6,420
1832 13,2 5,428
1833 17,7 2,305
1834 18,2 4,380
1835 13,8 4,955
1836 12,4 2,624
1837 11,0 7,921
1838 14,2 4,704
1839 13,6 3,382
1840 15,1 3.381
1841 17,3 4,606
1842 14,5 2,415
Depuis vingt-trois ans, il y a donc eu six mois de mai plus froids que celui de 1843: ce sont ceux des années de 1821, 1824, 1826, 1832, 1836, 1837, et un aussi froid, celui de 1839. Ainsi donc le mois de mai qui vient de s'écouler n'est point extraordinaire sous le point de vue de la température; seulement sa moyenne est de 0º, 8 au-dessous de la moyenne générale.
A-t-il été plus pluvieux qu'il ne l'est habituellement à Paris? Ici encore la statistique nous montre qu'il y a eu, depuis 1820 huit années dans lesquelles la quantité d'eau tombée est supérieure à celle de 1843, et nous voyons qu'il en est deux (1827 et 1830) où elle a été presque double.
En grand coupable qui comparait devant un tribunal après des gens accusés de peccadilles inspire beaucoup plus d'horreur que s'il venait précédé de scélérats qui ont fait pire que lui. En général, le jugement sera plus sévère; c'est ce qui est arrivé au mois de mai 1843, dont nous instruisons le procès en ce moment. En 1840, 1841 et 1842, la température avait été supérieure à la moyenne et la quantité de pluie peu considérable, surtout en 1840 et 1842. Il en est résulté pour le mois de mai passé un effet de contraste tout à son désavantage et dont il a été la victime.
En résumé, on ne le citera jamais parmi les mois qui tendent à réhabiliter sa vieille réputation en réalisant les fictions des poètes; mais ce n'est pas non plus un de ces mois qui bouleversent les notions astronomiques du tranquille citadin, et réveillent dans son esprit des idées mal effacées sur le refroidissement du globe ou un changement dans l'inclinaison de l'équateur sur l'écliptique. C'est un mois de mai un peu au-dessous du médiocre de médiocre et ici exactement égal à 14º, 4, parfaitement en harmonie avec tout ce qui se fait aujourd'hui, Lucrèce et l'Illustration exceptés.