La division de Mostaganem, aux ordres du général Gentil, fouillait vers la même époque, les montagnes des Beni-Zéroual et le 20 mars elle enlevait de vive force le marabout de Sidi; Lekkal, chez les Ouled-Khrelouf, tuait à l'ennemi 300 hommes et faisait 712 prisonniers.

L'armée ouvrait en même temps la route de Blidah au Chélif, ouvrage considérable qui lui fait le plus grand honneur. Les travaux de terrassement, y compris l'embranchement de Milianah, n'ont pas moins de 80,000 mètres.

Le lieutenant-général Changarnier.

Un colonne part de Médéah, le 16 avril, sous les ordres du duc d'Aumale, pour pacifier les Adaoura. Les Rhamans, liés aux tribus fidèles à Abd-el-Kader, dans le sud de Thaza, et établis près du lac de Keïsaria (10 lieues sud-est de Boghar), sont surpris de nuit et perdent 12,000 moutons et 500 chameaux.

Dès le 6 avril, le lieutenant-général La Moricière est sorti de Mascara avec sa division, et va reconnaître la meilleure direction à prendre pour gagner Tiaret, sur la limite du désert, à travers la montagne de Tagdemt. Abd-el-Kader, mettant aussitôt son éloignement à profit, traverse Frendah à la tête de 2,000 cavaliers, et se porte de l'Ouarenseris sur Mascara par le sud de la Iacoubia (on appelle du nom de Iacoubia l'ensemble des tribus établies, dans la province d'Oran, entre le désert d'Angad et le littoral de la Méditerranée, et spécialement placées, du temps des Turcs, sous la domination des Douairs et des Zmélas). La puissante tribu des Hachems-Gharabas, berceau de la famille de l'émir, s'était soumise et continuait à cultiver la fertile plaine d'Eghrès. Grâce à son audacieux mouvement, Abd-el-Kader détermine cette tribu à la défection et l'emmène tout entière à sa suite. De sévères châtiments et sa ruine presque complète la feront bientôt repentir de sa fatale résolution.

Note 1: En 1836, M. Changarnier était chef de bataillon au 2e léger. Le 21 novembre, lorsque commença le mouvement de retraite, le bataillon d'arrière-garde qu'il commandait fut enveloppé et serré de si près, qu'il eut à peine le temps de faire former le carré pour arrêter la cavalerie qui le débordait. Dans ce moment difficile, où les grandes âmes révèlent leur puissance, le commandant Changarnier, pour exciter l'ardeur de sa troupe, l'exhorta par des paroles qui vont au coeur du soldat, et traversa, en les refoulant, ces ennemis prêts à le frapper comme une victime dévouée au fatal yatagan. Cette action d'éclat lui valut les applaudissements de l'armée, dont il contribua ainsi à assurer le salut. Depuis, M. Changarnier s'est montré un de nos plus habiles capitaines dans la guerre d'Afrique, et chacun de ses grades a été acheté par quelque brillant fait d'armes.

Cette diversion ne détourne pas un instant le général La Moricière de l'accomplissement de son projet. Le 23 avril, il occupe Tiaret, fait commencer immédiatement les travaux d'installation, y laisse une garnison de 900 hommes, avec 70,000 rations et 66,000 cartouches, et se met à la poursuite d'Abd-el-Kader. Celui-ci, en effet, avec ses 2,000 chevaux, et plus encore ses lettres et ses intrigues, a réussi à produire une assez grande fermentation sur la frontière du sud. Les populations, effrayées, demandent simultanément des secours au colonel Tempoure, à Tlemcen; au général Bedeau, chez les Djafras; au colonel Géry, qui manoeuvre en avant de Mascara; enfin au général La Moricière, qui, après avoir jeté les bases de l'établissement de Tiaret, s'est porté du côté de Frendah pour couvrir les Shamas. Le général Mustapha-ben-Ismaïl, parti d'Oran, vient le rejoindre à la tête de son goum (corps de cavalerie; en arabe, drapeau) des Douairs et des Zmélas. Le 2 mai, le colonel Géry atteint la queue d'une colonne émigrante, et les troupes de l'émir sont culbutées par les Shamas soutenus par le général La Moricière. Le 8, le général Bedeau entre sur le territoire des Djafras. Zeïtouni-Ould-bou-Chareb, institué par Abd-el-Kader khalifahs de ce territoire, essaie vainement de lui résister; le 13 il est fait prisonnier.

Vue de Collo, près Constantine