Note 2: Collo, ou le Colo (en arabe Colla), que les indigènes appellent aussi Coul ou Coullou, est une bourgade de 2,000 âmes, située au bord de la mer, près d'un mouillage où les bâtiments sont à l'abri de» vents du nord-ouest, extrêmement dangereux sur cette côte Il est à 120 kilomètres de Bougie, à 60 de Djidjelij, à 100 de Bone, à 40 de Philippeville, vers l'extrémité nord-ouest du golfe de Stora, et à environ 90 kilomètres nord de Constantine, il est bâti au pied d'une montagne, sur les ruines d'une ville plus considérable, que les Romains avaient entourée de murailles, et dont l'enceinte, anciennement détruite par des Goths, n'a jamais été relevée. Ce bourg est défendu par un mauvais château, où les Turcs entretenaient d'ordinaire une petite garnison commandée par un aga. Collo a été occupé le 11 avril 1843 par les troupes françaises, sous les ordres du général Baraguay-d'Hilliers.
Dans la province de Constantine, les opérations dirigées au mois de mars contre les montagnards de l'Edough par le général Baraguay-d'Hilliers ont été couronnées de succès. Les population kabaïles, refoulées dans les gorges d'Akeïcha, se rendent à discrétion, après avoir essuyé des pertes immenses. Le chef et l'instigateur de l'insurrection, le marabout Sy-Zeghdoud, surpris et tué dans le combat. Sa mort rend la sécurité à nos grandes communications dans la province. Au commencement d'avril, une colonne française va châtier les Ouled-Sebah, à plus de vingt lieues de Constantine, tandis que notre cheikh el Arab, Ben-Ganah, avec ses seules forces indigènes, bat le khalifah d'Abd-el-Kader à Biscara, et lui fait perdre 100 chevaux. Le 11 avril, un corps expéditionnaire occupe Collo. Parti de cette ville le 14, sur trois colonnes, il rencontre une résistance très vive de la part des Kabaïles et soutient contre eux, notamment sur Dar-el-Outa, de rudes et pénibles combats. Les villages ennemis sont dévastés et des forêts entières incendiées et détruites, nécessité cruelle que commandent peut-être les exigences de la guerre, mais que ne sauraient trop déplorer l'humanité et la civilisation!
De son côté, le général Bugeaud se dirige de Milianah, le 23 avril sur El-Esnam, où il arrive le 26, en même temps que le général Gentil, venu de Mostaganem. Le nouveau camp est tracé, le 27, sur l'emplacement des ruines romaines destinées à être bientôt transformées en une ville importante. Le 28, commencent les travaux de la route de communication avec Ténès et la mer; ils sont inquiétés par Ben-Kossili, agha d'Abd-el-Kader dans le Dahra (nord, portion de la province d'Oran comprise entre le Chélif et la mer). Le général Bourjolly et notre khalifah, Ben-Abdallah le mettent en fuite. A l'entrée d'un défilé d'une lieue, nos troupes rencontrent un terrain horriblement accidenté et des difficultés presque insurmontables. Il fallait pratiquer la route carrossable à travers des roches calcaires que sillonnait péniblement un étroit sentier. La pioche et la pelle ne pouvaient plus être utilisées; c'était le pétard et le pic à roc. On jugea que quinze jours au moins étaient nécessaires pour ouvrir un passage à nos chariots; mais les troupes y mirent tant d'ardeur, qu'au septième jour le convoi parvint au port de Ténès.
Après avoir installé le camp d'El-Esnam, dont le commandement est confié au colonel Caveignac, le gouverneur-général attaque, le 11 mai, les Seghia, qui menaçaient les côtés de la roule rendue praticable, et dominent l'ouest du Dahra. Le 12, le gros de la tribu est atteint par l'avant-garde aux ordres du colonel Pélissier: 2,000 prisonniers tombent en notre pouvoir, avec 10 à 12,000 têtes de bétail, 4 à 500 juments ou poulains, etc. Cet événement entraîne la soumission de toutes les tribus du territoire de Ténès jusqu'à l'embouchure du Chélif, et le poste d'El-Esnam en assure la durée.
Tout annonce que nos deux établissements deviendront très promptement des points importants de commerce. Déjà le 16 mai il y avait à Ténès 243 industriels ou commerçante en tout genre, qui demandaient des concessions pour s'y établir; 87 étaient déjà pourvus et construisaient leurs baraques; il régnait une grande abondance de toutes choses, et ce qui le prouve, c'est que la douane avait fait 1,500 francs de recette.
Le 14 mai, le général Gentil a fait une forte razzia sur des fractions rebelles des Flitas: 51 cavaliers du 2e régiment de chasseurs d'Afrique, auxquels 60 sont venus se réunir un peu plus tard, ont soutenu longtemps les efforts de 3 ou 400 cavaliers réguliers et de 1,000 à 1,200 chevaux des tribus. Les chasseurs ne pouvant plus combattre comme cavalerie, se sont réfugiés sur une butte où se trouvent le marabout de Sidi-Rachet et un cimetière. Ils ont mis pied à terre, ont entouré leurs chevaux, et, couchés à plat-ventre, pour ne pas être tous tués par un feu très supérieur, ils ne se relevaient que pour repousser les cavaliers réguliers et les gens des tribus qui avaient également mis pied à terre pour les enlever. Ils ont ainsi rendu vaines les attaques répétées de cette multitude; et quand, après plus de deux heures de résistance, ils ont été délivres par un bataillon du 32e, il y avait 14 chasseurs tués, 32 blessés, et 37 chevaux avaient péri sous les balles; les environs du marabout étaient jonchés de cadavres ennemis.
Après avoir fait commencer rétablissement de Teniet-el-Had, et dirigé quelques courtes et heureuses opérations dans le Dahra, le général Changarnier, avec des troupes retirées de Cherchel, a envahi les tribus qui habitent la chaîne de l'Ouarenseris. Le 18 mai, il a refoulé une nombreuse population sur le grand pic est. Nos soldats voulaient enlever d'assaut cette forteresse naturelle, formée de rochers se dressant perpendiculairement à une hauteur qui varie de 100 à 200 mètres; mais les Kabaïles font rouler sur eux des pierres dont l'effet eût été plus meurtrier que la fusillade. Le général Changarnier retient leur élan, et se borne à faire occuper toutes les issues, présumant bien que le défaut de subsistances pour eux et leurs troupeaux ferait capituler les Kabaïles. En effet, le 19 au matin, les pourparlers commencèrent. Le 20, à deux heures après midi, sur les deux grands côtés de la montagne, on vit descendre de longues files d'habitants et de troupeaux. Tous les hommes pourvus, pour la plupart, d'une abondante provision de cartouches, furent désarmés. A la fin de la jour née, le général Changarnier avait en son pouvoir 2,000 prisonniers, 800 boeufs, 8,000 moutons et 150 bêtes de somme. Ce succès fut chèrement acheté par la mort du colonel d'Illens, du 58e de ligne.
Mais de toutes ces opérations habilement conduites et exécutées dans ces derniers mois, la plus importante est celle qui a fait tomber entre les mains de M. le duc d'Aumale la Smalah d'Abd-el-Kader.
Depuis deux ans, l'émir et les principaux personnages attachés à sa fortune, avaient réuni leurs familles et leurs biens sur la frontière du désert Cette réunion, évaluée à environ 12 à 15,000 personnes, comprenait ce qu'on appelle la smalah. Essentiellement ambulante, elle s'enfonça dans le Shara (désert), revenait dans le Tell (terres cultivées), ou se jetait sur les côtés, suivant les vicissitudes de la guerre. Abd-el-Kader avait été très attentif à la pourvoir des chameaux et des mulets nécessaires pour transporter les effets, les malades, les vieillards, les enfants et les femmes de distinction. L'émir attachait un grand prix à la soustraire à notre atteinte, et la plus grande partie de l'infanterie régulière qui lui reste était affectée à la garde de ces précieuses richesses.