Prise de la Smalah.
Le 10 mai, M. le duc d'Aumale chargé par le gouverneur-général de poursuivre la smalah et de s'en emparer, s'avance dans le sud de l'Ouarenseris, avec l,300 baïonnettes, 600 chevaux, vingt jours de vivres, après avoir laissé un dépôt d'approvisionnement dans les ruines du fort de ce nom. Le 14, le petit village de Goudjilah, à 53 lieues de Boghar, est cerné et occupé. Là on apprend que la smalah est à 11 lieues au sud-ouest, à Ouessek-ou-Rekai. À la suite de plusieurs marches et contre-marches, à travers des plaines immenses sans eau, et après une course de 20 lieues en vingt-cinq heures, l'avant-garde de la colonne, composée seulement de 500 chevaux, découvre, le 10, à onze heures du matin, la smalah tout entière (environ 300«Douars) établie sur la source de Taguin, à 30 lieues de Boghar. À l'instant même ce corps si inférieur en nombre à ses adversaires, se lance au galop, sur les pas du duc d'Aumale, du colonel de spahis Jusuf, et du lieutenant-colonel Morris, et culbute tout ce qu'il rencontre sur son passage, au milieu de cette ville de tentes qui couvraient une demi-lieue de surface. Deux heures après, tout ce qui pouvait fuir était en déroute dans plusieurs directions. 3,600 prisonniers, dont environ 300 personnages de marque, les fantassins réguliers tués ou dispersés, quatre drapeaux, un canon, deux affûts, les tentes de l'émir, son trésor, sa correspondance, la famille de ses principaux lieutenants, un butin immense, tels sont les trophées de cette mémorable journée, L'une des plus glorieuses pour nos armes en Algérie.
Mort du général Mustapha-ben-Ismaïl.--Voir son portrait page 121.
Trois jours après, le 10, la colonne du général La Moricière atteignit les fuyards, les entoura, et leur enleva 2,500 âmes avec leurs troupeaux et leurs chevaux. Ce succès n'a pas tardé à être suivi d'une perte sensible. Le 21 mai, à midi, le général Thiéry, commandant la subdivision d'Oran, a reçu l'avis de la mort du général Mustapha-ben-Ismaïl (V.. son portrait dans l'Illustration n° 8, p. 121), tué la veille, à quatre heures après midi, à 25 ou 30 lieues d'Oran, à El-Brada, près de Kerroucha, entre l'Oued-Belouk et Zamoura, dans une petite affaire d'arrière-garde, Mustapha revenait à Oran, avec son makhzen chargé du butin pris à la razzia du 19, lorsqu'en traversant un bois sur le territoire dis Plitas, il fut attaque par des Arabes en embuscade, et tué presque à bout portant d'une balle qui le frappa en pleine poitrine. La panique devint générale parmi les 5 ou 600 cavaliers douairs qui l'accompagnaient; leur démoralisation fut telle, qu'ils abandonnèrent le corps de leur vieux général au pouvoir de l'ennemi. On annonce qu'Abd-el-Kader a fait mutiler le cadavre de Mustapha et promener sa tête en triomphe parmi les tribus qui lui obéissent encore, Mustapha-ben-Ismaïl, vieillard octogénaire, était au service de la France depuis 1835, avait été nommé maréchal-de-Camp le 29 juillet 1837 et commandeur de la Légion-d'Honneur le 5 février 1842. Toute déplorable qu'elle est, la perte de ce fidèle et vaillant guerrier ne saurait détruire l'effet moral produit sur les populations arabes par la capture de la smalah d'Abd-el-Kader, surtout si, comme l'assurent des nouvelles particulières, ce chef a été lui-même grièvement blessé d'une balle à la cuisse dans l'affaire du 19 mai.
CACHET D'ABD-EL-KADER.
Le cachet (en arabe tabaa) est le sceau de nos anciens seigneurs du Moyen-Age; mais au lieu de représenter les armoiries, le cachet arabe ne contient en général que le nom de son possesseur, avec une courte légende pieuse. Les fonctionnaires arabes ont seuls le droit d'avoir un cachet, et on le leur retire lorsqu'ils sont destitués. Cet usage est particulier à l'Algérie. Aussi le fonctionnaire arabe ne se sépare-t-il de son cachet, qui est sa vie, dans aucune circonstance, ni le jour ni la nuit. Il n'a d'ailleurs pas d'autre signature officielle.
Voici les différentes inscriptions gravées sur le cachet d'Abd-el-Kader.
Au centre voyez deux triangles: Abd-el-Kader ben (fils) de Mahi-Eddin, 1218 (année de l'hégire correspondant à l'an du Christ 1832), époque à laquelle Abd-el-Kader a été proclamé sultan.