Les deux grands triangles forment, par leur application l'un sur l'autre, six petits triangle. Dans le premier, en haut, on lit: Allah (Dieu): dans les deux à gauche; Mohammed, Abou-Bekr; dans les deux à droite: Ali Osman; dans le dernier, en bas: Omar, (Abou-Bekr, Ali, Osman et Omar sont les quatre premiers khalifes successeurs de Mahomet.)

Dans les six compartimente, en dehors des deux triangles, en commençant par le compartiment inférieur à droite du triangle dont la pointe est en bas, on lit: Mondana (notre Maître); Emir-el-Mommenin (Prince des Croyants); El-Mansour (le Victorieux); Billah (par Dieu); El-Kader (le Puissant); El-Moutin (le Solide).

L'inscription entre les deux cercles concentriques renferme la légende, en commençant au-dessus du mot El-Mansour. Celui qui aura par l'intervention du Prophète l'assistance protectrice de Dieu, si les lions le rencontrent, ils fuiront dans leur tanière.

Le recrutement en France.

Le système de recrutement adopté dans un pays est la base de toute son organisation militaire, puisque c'est le recrutement qui fournit les éléments essentiels de l'armée. Un projet de loi destiné à établir le nôtre sur des bases fixes et définitives vient d'être adopté avec des modifications par la Chambre des Pairs.

L'engagement volontaire à pris d'argent, conséquence d'une civilisation politique désormais arriérée, est devenu insuffisant et impraticable. La loi le proscrit comme un principe d'avilissement pour l'armée. Il est encore employé en Angleterre, parce que l'armée, simple instrument de domination extérieure, n'y a qu'une importance secondaire; mais là même on a été obligé d'instituer pour la défense du sol une milice recrutée par la voie du sort. L'obligation du tous les membres de la société de concourir à sa défense, condition nécessaire de la théorie politique qui fait de l'État la chose de tous et donne à tout homme une patrie, est universellement reconnu en Europe.

En Russie, les serfs, choisis arbitrairement pour le métier de soldats, servent vingt-cinq années, au bout desquelles ils ont, pour récompense, la qualité d'hommes libres et des emplois subalternes dans l'administration et surtout dans la police. L'armée est ainsi composée en grande majorité de vieux soldats. Elle coûte peu, parce que les denrées de première nécessité sont abondantes en Russie comme dans tous les pays neufs, et parce que les besoins d'un peuple de serfs sont bornés. On a calculé, en effet, qu'un fantassin anglais coûtait autant à entretenir que deux fantassins français, trois prussiens et dix russes. D'ailleurs, d'une portion de ces hommes voués pour leur vie au métier des armes, on a formé des colonies militaires qui, livrées à la culture se nourrissent et s'entretiennent elles-mêmes, et sont prêtes comme les tribus cosaques à se lever en armes au premier signal.

Le système de la Prusse est tout différent. Tout homme y est, de droit, soldat pour toute sa vie. Mais le service dans l'armée active n'est que de cinq années. Les soldats en passent trois seulement en service actif sous les drapeaux, et les deux dernières en congé, en réserve, à la disposition du gouvernement, mais dans leurs foyers. Le sort désigne ceux qui doivent faire partie de l'armée; mais lorsque des jeunes gens de vingt-un ans paraissent n'avoir pas atteint tout le développement physique dont ils sont susceptibles, on les renvoie au tirage de l'année suivante, puis à une autre encore, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de vingt-cinq ans. Aucun remplacement n'est permis, et l'on a vu les fils mêmes du roi monter la garde comme soldats à la porte du palais de leur père. Seulement les volontaires qui s'arment et s'équipent eux-mêmes ne sont tenus qu'à une année de service dans les corps de tirailleurs et de chasseurs. Ainsi font les étudiants des Universités. La charge du service, par cette répartition égale sur tous, se trouve singulièrement allégée, et, pour la rendre encore moins onéreuse, les régiments sont cantonnés chacun dans un district spécial où il reste toujours et qui fournit à son recrutement; de sorte que les soldats ne s'éloignent pas de leur pays natal, de leurs foyers, de leurs intérêts ou de leurs travaux.

Au sortir de l'armée on entre pour sept ans dans la landisher du premier ban, dont font partie, d'ailleurs, jusqu'à l'âge de trente-deux ans, tous les hommes propres à la guerre qui n'ont pas été incorporés dans l'armée de ligne. Ce premier ban landisher est une véritable armée de réserve, pourvue d'une organisation complète, qui diffère de celle de l'armée active en cela seulement, que l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie sont réunies dans les mêmes régiments, devenus ainsi des espèces de légions romaines. Elle est formée en divisions et entre avec l'armée de ligne dans l'organisation permanente des corps d'armée. Les divers corps dont elle est composée se rassemblent tous les ans, au printemps ou à l'automne, dans des camps de manoeuvres, pour conserver leur instruction et se former aux habitudes guerrières. Mais cette armée citoyenne, commandée par des officier» au choix desquels elle concourt, reste dans ses foyers, ne coûtant rien au trésor, sinon pendant le temps des manoeuvres, et sauf 500,000 francs employés à l'entretien d'un état-major peu nombreux. Une seconde réserve, disponible aussi en temps de guerre, consiste dans la landisher du second ban, formée des citoyens de trente-deux à quarante ans qui ont servi dans l'armée ou dans la landisher, et présente encore, de l'avis des militaires les plus éclairés, toute la consistance d'une armée véritable. Tout cela fait un ensemble d'environ 600,000 hommes organisés, sans parler de la landsturm, ou levée en masse, composée de tous les autres citoyens valides de dix-sept à cinquante ans. A la fin de 1825, on comptait, au total, un million d'hommes exercés et soumis au service militaire. Pour obtenir ces immenses résultats, la Prusse n'a besoin d'avoir sur pied que 100,000 soldats, que 6,000 officiers, et ne dépense que 78 millions, quoique les officiers soient mieux payés que chez nous.

Le système adopté en France nous force, au contraire, à tenir toujours sur pied 350,000 hommes, et en cas de guerre nous n'avons pour renforcer cette armée que 130,000 hommes au plus, composés en partie des soldats en congé illimité, mais aussi en grande partie de conscrits qui n'ont pas été appelés sous les drapeaux, c'est-à-dire d'hommes tout-à-fait étrangers aux armes. Ainsi, avec 31 millions d'habitants, la France arrive péniblement et très imparfaitement au pied de guerre de 500,000 hommes, que la Prusse peut atteindre avec sa population de 14 millions. Le mode de recrutement est cependant bien rigoureux. Lorsque des 300,000 conscrits environ dont se compose la classe de chaque année, on a retranché ceux qui sont dispensés du service pour cause d'exemption légale, pour défaut de taille, faiblesse physique ou infirmités, ceux qui restent soumis à la grande épreuve voient leurs destinées jetées aux chances d'une loterie qui n'offre pas un bon numéro sur deux. Au sortir de la salle du tirage les fortunes les plus diverses vont commencer pour eux. Les heureux, une moitié à peu près, rendus à l'indépendance, vont se livrer en paix et sans distraction aux travaux de leur état, aux plaisirs de la jeunesse, aux joies de la famille. Les autres quittent le foyer domestique pour errer de caserne en caserne dans des lieux où nulle affection ne les attend, interrompent leur carrière, compromettent tout leur avenir, perdent quelquefois tout leur bonheur, voient enfin leurs plus belles années vouées à une vie pauvre, dure, monotone. Arrachés à la juridiction tutélaire des lois civiles, ils subissent le despotisme nécessaire d'une discipline inexorable, le joug de l'obéissance passive et l'empire de rigoureux devoirs qui souvent révoltent la conscience, dans cet isolement, plus de guide ou d'appui pour leur moralité, plus de secours dans leurs dénûments et leurs erreurs, et, à la moindre faute, de terribles châtiments qui les flétrissent lorsqu'ils ne leur arrachent pas la vie. Je ne parle pas des dangers de toute espèce qui les environnent, et parmi lesquels ceux du champ de bataille ne comptent pas, pour ainsi dire, voilés qu'ils sont par l'enthousiasme et entourés d'une auréole de gloire. Et quelle récompense, quelle indemnité de tant de sacrifices? aucune. Bien plus, cet homme dont on a ainsi dérangé toute l'existence, dès qu'on n'a plus un besoin présent de son service, on le renvoie cher lui sans solde, sans moyen de subsistance et d'entretien, et dans l'impossibilité d'entreprendre aucun état, puisqu'il est toujours soldat, et peut, à tout moment, être rappelé sous les drapeaux.