En un mot, on ne se refuse rien extra muros pas plus qu'intra, comme vous l'allez voir si vous voulez bien vous associer à notre promenade philosophique à travers les festivals champêtres, ou festivaux comme n'eût pas manqué de le dire ici le judicieux Larissole.

Prenons le chemin de fer d'Orléans et courons, ou plutôt glissons jusqu'à Corbeil, l'antique mense des moines de Saint-Germain d'Auxerre, qu'illustrèrent jadis les reliques de saint Exupère et de saint Loup et qu'embellissent aujourd'hui les moulins de M. Darblay. Il s'agit d'assister à la fête de saint Spire le patron de la collégiale du vieux et du nouveau Corbeil.

Il ne tiendrait qu'à nous de déployer ici la plus vaste érudition, on vous racontant tout au long comment Corbeil ou Corbeliae dut sa fondation aux Normands dont les incursions le long de la Seine déterminèrent l'érection d'un château-fort sur l'emplacement occupé par la cité seine-et-oisaise. Nous vous retracerions ensuite, le livre de Dulaure en main, les hauts faits des comtes de Corbeil; mais nous savons trop ce que nous devons à nos lecteurs pour les convier à pareille fête.

Fête de Corbeil.

Nous ne saurions toutefois passer entièrement sous silence l'histoire de messire Aymon, le premier comte de la ville, qui, après avoir vaillamment défendu Corbeil contre les hommes du Nord, y fonda, près du château-fort, l'église de Saint-Exupère, laquelle a été depuis placée sous l'invocation de Saint Spire, nous ne saurions dire pourquoi. Il fit ensuite un pèlerinage à Rome, où il rendit son âme à Dieu, les uns disent en l'an mil ou environ, et les autres en 1050. Son corps, rapporté à Corbeil, y fut déposé sous le tombeau que l'on voit aujourd'hui à Saint-Spire et que surmonte sa statue. Ce féal guerrier, le modèle des comtes, fut le bienfaiteur de la contrée, et son souvenir, toujours vivant dans la mémoire populaire, est encore aujourd'hui honoré par une pieuse et touchante coutume.

Le jour de Saint-Spire, les habitants de Corbeil et des environs viennent faire leurs dévotions autour de son tombeau, et en se retirant baisent affectueusement la joue de marbre du bon sire, au point qu'elle en est tout usée et amaigrie, comme le roc est creusé par la goutte d'eau patiente qui le frappe durant, les siècles. Nous l'avouons, et le lecteur partagera sans doute nos impressions, cette pratique nous plaît et nous charme: elle est comme un arrière-parfum de ce Moyen-Age si loin de nous, et prouve que la reconnaissance du peuple, pour qui l'aime et qui le protège, n'est point un sentiment se fugitif ni si trompeur que l'on a bien voulu le dire. Non! qui l'écrase n'a pas toutes ses sympathies, comme d'éloquents écrivains ont cherché à nous le persuader: il en reste toujours quelque peu pour ses bienfaiteurs, et celle-là n'est à coup sûr ni la moins sincère ni la moins durable, témoin l'hommage traditionnel et spontané rendu aux mânes du bon sire Aymon de Corbeil.

En quittant son tombeau, la foule va contempler avec recueillement les reliques de saint Leu et de saint Rembert, premiers évêques de Bayeux, qu'apporta le comte Aymon en l'église de Saint-Spire, peu de temps avant ce voyage pour Rome dont il ne devait pas revenir.

Les fidèles s'arrêtent ensuite devant le tombeau de Jacques de Bourgoin, écuyer de Corbeil et fondateur du collège de cette ville, qui fut enterré à Saint-Spire en l'an 1661.

Ces devoirs religieux remplis, il ne reste plus qu'à prendre part aux délices de la fête qui s'étale dans les rues, sur le joli quai de Corbeil, mais principalement sur la place de Saint-Guenault, où s'élève le tribunal civil. Saint-Guenault était, comme Saint-Spire, une église collégiale dont la construction remonte au delà du douzième siècle, et qui contient aujourd'hui, par un assez étrange rapprochement, les prisons et la bibliothèque de la ville.