La table de toilette, portée sur deux pieds contournés, est couverte d'arabesques élégantes; une couronne de roses renferme, au centre de la frise, le chiffre de S. M. Une guirlande de fleurs forme le cadre du miroir. Le Plaisir en réunit les deux extrémités. Les Génies du Commerce, de l'Industrie, du Goût et de l'Harmonie environnent une jeune Flore, lui présentant le tribut de leurs coeurs et le fruit de leurs travaux. Les Génies des Sciences et des Beaux-Arts s'élancent vers la déesse. Nous faisons grâce d'une danse d'enfants, d'une nichée d'amours, du groupe des Grâces, etc., etc.

S'il reste encore des admirateurs de toutes ces vieilleries allégoriques et louangeuses, ils doivent admirer Psyché qui enchaîne l'Amour et le fixe à jamais près d'elle. Heureusement que la beauté de l'exécution fait oublier la recherche de l'idée et l'afféterie de la composition. Félicitons-nous de voir les beaux-arts délivrés de toutes ces conventions surannées, et plaignons les artistes d'avoir vécu dans un temps où le talent le plus fin et le plus délient suffisait à peine à racheter la pauvreté et la niaiserie des compositions, que sans doute quelque flatteur en verve leur faisait imposer d'office.

Nous ne terminerons pas cette courte notice sur Thomire sans rappeler deux circonstances qui embellirent la fin de sa vie et honorèrent sa mort. Quand il reçut la croix qu'il n'avait pas ambitionnée, tant il était simple et modeste, ses nombreux élèves, une multitude d'ouvriers qu'il aimait comme ses enfants, accoururent en foule près de leur vieux maître, et en lui témoignant la part qu'ils prenaient à l'hommage qu'on lui rendait, ils le remplirent d'une joie pleine de douceur.

Les mêmes élèves, les mêmes ouvriers, pressés autour de son cercueil, l'ont conduit en funèbre cortège à sa dernière demeure. Tristes, paves, reconnaissants, ils se rappelaient les uns aux autres mille traits d'amabilité touchante, les qualités rares et les vertus paisibles de ce vieillard qui fit le bien en cultivant le beau, et dont la France doit garder le souvenir, puisqu'il a fondé une de ces industries les plus utiles et les plus productives.

Thomire est mort le 13 juin 1843, à l'âge de quatre-vingt-douze ans.

Transport des Diligences ordinaires
sur les Chemins de Fer.

L'ouverture du chemin de fer d'Orléans apporte de notables changements dans le mode de circulation entre les deux villes qu'il relie, et l'influence de ces changements va se faire sentir sur une portion considérable du territoire. Placé comme il l'est aujourd'hui, ou du moins comme il ne tardera pas à l'être, lorsque les convois auront pris toute la vitesse à laquelle ils doivent arriver, à trois heures de distance de Paris, Orléans devient la tête naturelle des lignes de Nantes, de Bordeaux, de Toulouse, de Clermont, de Lyon; et la rapidité de la circulation commence à être assez appréciée chez nous, pour que l'on puisse être assuré de voir tous les voyageurs qui se dirigent de Paris vers ces diverses villes, ou réciproquement, prendre Orléans pour point commun d'arrivée, afin de profiter du chemin de fer. Il devenait donc nécessaire que les entreprises de messageries, qui sont en possession de desservir les lignes dont il vient d'être question, s'arrangeassent pour utiliser elles-mêmes cette voie de communication perfectionnée, ou qu'elles se décidassent à transporter une partie de leurs établissements à Orléans.

Mais cette dernière détermination aurait eu pour les voyageurs l'inconvénient d'exiger un transbordement, inconvénient d'autant plus grave que la distance à parcourir étant plus longue, les bagages sont en quantité plus considérable. Qui n'a couru après une malle égarée, manqué une correspondance, perdu du temps à attendre, éprouvé enfin quelque désagrément en suivant une ligne mixte composée de tronçons de routes et de rivières navigables?

Il était donc naturel de chercher à épargner ces ennuis aux voyageurs, en faisant circuler les diligences sur le chemin de fer lui-même. Mais on rencontrait, pour arriver à ce but, des difficultés matérielles assez considérables. Il n'était plus possible d'employer des plateaux de la forme de ceux qui opèrent le transport des voilures ordinaires, parce que la hauteur des diligences avec leurs roues aurait rendu dangereux le passage sous les ponts; la grande élévation du centre de gravité aurait été d'ailleurs une cause d'instabilité de nature à compromettre gravement la sûreté publique; et, enfin, la résistance de l'air aurait apporté un obstacle trop considérable au mouvement. Des ingénieurs habiles avaient cherché, sans succès, la solution du problème, et des essais infructueux avaient été faits sur le chemin de fer de Saint-Germain; enfin, M. Arnoux, administrateur des Messageries Générales, est parvenu, de la manière la plus simple, au résultat qu'il se proposait. Voici comment les choses se passent depuis le 10 du mois courant.

Les diligences de Nantes, de Tours, d'Angers, de Bordeaux, etc., partant avec leur chargement de voyageurs et de bagages des deux grands établissements centraux de la rue Saint-Honoré et de la rue Notre-Dame-des-Victoires. Arrivées à l'embarcadère du chemin de fer, elles sont placées sous un grillage en charpente, porté par quatre montants verticaux solidement implantés dans le sol; on dételle les chevaux; on enlève huit petites clavettes qui maintiennent le corps de la voiture sur son train, et on attache quatre chaînes, qui pendent du haut du grillage, à autant de crochets fixés au coffre. Deux hommes, placés sur le grillage en charpente tournent une manivelle, et en quelques secondes la diligence se trouve suspendue, au-dessus de son train, aux quatre chaînes, qui s'enroulent en même temps autour d'un treuil porté sur ce grillage. Ces hommes poussent alors en avant le treuil, qui est mobile, sur des roulettes, tout au long du grillage, et la caisse de la voiture, toujours suspendue, arrive au-dessus du train qui doit circuler sur le chemin de fer On l'y laisse descendre comme on l'a fait monter; on adapte les clavettes qui la fixent à ce train ou truck, et, en passant sur les voies de service et plateaux tournants de la gare, le truck ainsi chargé vient prendre son rang derrière la locomotive.