Aucune des communications faites à l'Académie n'a été accompagnée d'un extrait dans les comptes-rendus officiels, ni suivie d'un rapport, à l'exception d'une seule. L'Académie, sur la proposition de M. Thénard, a approuvé des tableaux imprimés et coloriés, sur une grande échelle, par M. Knabt comme utiles à l'enseignement de la mécanique, de la physique, de la chimie, etc.

IX.--SCIENCES ÉCONOMIQUES.

Caisses d'épargne.--M. Charles Dupin a communiqué ses recherches sur le développement de la Caisse d'épargne de Paris, et leur influence sur la population parisienne. Bien qu'au nombre des optimistes assez disposés à préconiser ce qui est l'honorable académicien a fait preuve d'impartialité en plaçant en regard du progrès qu'il signale des faits bien affligeants. Sa conclusion dernière, en ce qui concerne les déposants actuels, est qu'ils persistant encore à ne conserver leur dépôt que pendant cinq ans et demi, valeur moyenne; «de sorte que, dit-il, la Caisse d'épargne, au lieu d'être le trésor d'un peuple n' est en réalité, pour la masse, que la lanterne magique de ses économies.

Statistique agricole--Dans une note intéressante M. de Gaumont a signalé les avantages qu'offrait une carte agronomique de la France. La belle carte géologique de MM. Duhémy et Élie de Beaumont servirait de base à la statistique et a lu délimitation des régions des régions agricoles, puisque celles-ci ont, en général, une connexion intime avec les formations géologiques. M. de Gaumont a énoncé quelques résultats curieux tenu concernant l'influence de la nature des terrains sur la qualité des produits.

Agriculture.--M. Leclerc; l'homme avait présenté à l'Académie un Mémoire sur l'agriculture de l'ouest de la France.. M. de Gasparin a lu, sur ce Mémoire, un rapport très favorable, qu'il termine ainsi: «Nous osons affirmer que l'on n'a rien publié encore de plus complet et de plus satisfaisant en agriculture descriptive, et nous faisons de voeux pour que l'auteur hâte l'impression de son travail, qu'il destine à la publicité.»

Troubles en Irlande.

(Voir page 225.)

Dans un précédent numéro, nous avons tracé à grands traits l'histoire du mouvement politique en Irlande; nous avons rappelé ses souffrances séculaires, ses révoltes, ses lents et tardifs succès. Après la victoire momentanée des volontaires, victoire qui rétablit l'indépendance absolue du Parlement national, nous avons vu l'Angleterre, irritée d'un appel fait par les Irlandais aux armes françaises, détruire tout à fait, en 1800, l'individualité politique de ce malheureux pays, et le réduire à l'état de simple province. Vers 1810, l'Association Catholique apparaît; bientôt O'Connell en prend la direction, l'agitation constitutionnelle s'organise, et une ère nouvelle s'ouvre pour ce peuple d'opprimés. Il nous reste aujourd'hui à bien définir le caractère du mouvement qui se manifeste en Irlande, à comprendre toute l'étendue du rôle que le libérateur y joue, et l'avenir qui semble réservé à cette sainte cause de la justice et de l'humanité.

Un fait dont il faut bien se pénétrer avant tout, c'est que la révolte jusqu'ici pacifique des Irlandais, fondée sur les griefs les plus graves et en vue de réprimer les iniquités les plus criantes, est cependant beaucoup plus économique, si l'on peut parler de la sorte, que politique. Elle ne ressemble en rien, par exemple, à notre grande révolution de 89, qui, armant en quelque façon la philosophie de tout un siècle et poussant tout un corps de doctrines bien arrêtées et au renversement d'une société vieillie, réclamait avant tout les droits de la liberté, de la dignité humaine et l'indépendance des nations. Dans la querelle des Irlandais, l'humanité, l'égalité sont sans doute intéressées: c'est le privilège de ces grandes choses d'être froissées par toutes les injustices, de quelque nature qu'elles soient: mais, au fond, l'horizon de la révolution irlandaise est beaucoup plus borné. Son principe, sa vie, son âme, c'est la haine que le tenancier a conçue contre l'exploitation sans frein dont il est l'objet de la part du propriétaire. Ce quelle demande surtout, c'est la fixité légale de la tenure ou du montant des baux. Le «législateur de minuit,» las de n'obtenir par les vengeances isolées «aucun remède aux extorsions qui l'accablent, veut enfin que son droit soit reconnu par le législateur de midi, et on peut voir combien, dans la proclamation au peuple d'Irlande, ce grief est compté, et combien on pèse les moyens de le redresser. Ajoutez à cela l'exaltation de l'orgueil national, qui se relève justement sous les fourches caudines que voulaient lui imposer les torys, et qui se complaît dans l'idée d'un parlement autochtone la conviction religieuse trop longtemps dédaignée et comprimée, et qui veut enfin prendre son rang à côté des croyance qui l'ont jadis traitée en vaincue, et vous aurez tous les éléments de I agitation irlandaise. Mais le moteur principal est toujours dans les ressentiments légitimes de tenancier écrasé par le propriétaire, et si l'Angleterre, dégoûtée de son odieuse politique, consentait à satisfaire sur ce point, et en ce qui touche la question religieuse, au programme dressé par O'Connell, peut-être verrait-on tomber de beaucoup l'enthousiasme qui éclate en faveur de la révocation de l'union. Évidemment le rappel n'est pour les Irlandais qu'un moyen, un moyen désespéré d'obtenir justice, et ce n'est que parce qu'ils voient qu'il leur est impossible de rien arracher à leurs oppresseurs, qu'ils veulent être les instruments de leur propre réformation. Ce caractère de la révolution permanente d'Irlande, de consister très-faiblement dans les préoccupations politiques, est la cause la plus énergique de sa ténacité à la fois et de sa lenteur. Lorsqu'une révolution porte dans ses flancs un grand système philosophique, si par malheur elle est refoulée par la force brutale, la marche de l'humanité en est retardée pour des siècles. Les idées anciennes perdent beaucoup de leur prestige sur l'imagination des hommes, le doute les y mine peu à peu, et pour qu'elles triomphent, il faut qu'elles emportent la place d'assaut. Au contraire, quand une révolte n'est excitée que par une iniquité toujours poignante, et qui fait saigner journellement les coeurs, rien ne la déracine. On l'étouffe, elle renaît; on l'endort, elle se réveille; et toujours, comme celle d'Irlande, au moment où on la croit à jamais ensevelie, elle revient, comme un spectre, faire pâlir les oppresseurs.

On ne doit pas oublier d'ailleurs qu'une révolution politique en Irlande ne serait pas, eu égard à la patience habituelle des nations, d'une nécessité bien urgente. Depuis l'émancipation des catholiques, obtenue en 1829 par les efforts et l'éloquence de Daniel O'Connell, la liberté civile et la liberté politique sont assises dans ce pays sur des bases assez larges.