«Telles sont les principales variétés que nous avons pu étudier cette année et ce jour-là. Plus loin, je l'ai déjà dit, nous n'avons plus rencontré de touristes, si ce n'est à Venise, deux ou trois, de l'espèce si commune du touriste constatant. Lu touriste constatant est celui qui hante les galeries, les musées, les monuments publics, où, un itinéraire à la main, sans presque regarder, il constate. Tant que tout est conforme, il baille; mais si l'itinéraire l'a trompé, il devient furieux et ou ne sait plus qu'en faire. La cicérone se cache, l'aubergiste l'adoucit, sa femme le plaint et les petits chiens aboient.»

Un pareil ouvrage ne s'analyse pas; pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut le lire tout entier, il faut le suivre pas à pas dans ses capricieuses fantaisies, dans ses nombreux zigzags, depuis le départ jusqu'au retour, C'est la représentation la plus fidèle, la plus complète, la plus ingénieuse, la plus amusante et la plus instructive, la plus sérieuse et la plus bonhomme qu'on puisse imaginer de la vie du voyageur à pied dans les Alpes, vie de contrastes et d'aventures, de bons et de mauvais jours, de vives joies et de petites misères, de privations et de fatigues de toute espèce; mais vie de liberté, vie de bonheur, d'un bonheur vrai, sain, pur, dont ceux qui l'ont goûté ne perdent jamais le souvenir (2).

[Note 2: Voyages en Zigzag, ou Excursions d'un pensionnat en vacances, dans les cantons suisses et sur le revers italien des Alpes; par R. Topffer; illustrés d'après les dessins de l'auteur, et ornés de 12 grands dessins, par Calane.--1 beau vol, in-8 jésus de 400 pages. 30 livraisons à 50 cent. (15 francs l'ouvrage complet.) 1843. Dubochet et Comp. (2 livraisons sont en vente.)]

Bulletin bibliographique.

Oeuvres de Spinoza, traduites par Émile Saissait, professeur de philosophie au collège royal de Henri IV, avec une introduction du traducteur. 2 vol. in-18,--Paris, 1843. Charpentier. 4 fr. le volume.

M. Émile Saissait vient enfin de donner aux amis de la philosophie une traduction française depuis longtemps promise des oeuvres de Spinoza. «Populaire en Allemagne, dit-il, Spinoza est encore en France à peu près inconnu. Ce n'est pas qu'il ne se fasse beaucoup de bruit autour de son nom: on le célèbre avec enthousiasme, on le décrie avec emportement, ou l'atteste, on le cite à tout propos; mais l'admiration effrénée qu'il inspire aux uns, pas plus que les violentes colères qu'il allume chez les autres, n'ont réussi à lui procurer des lecteurs. J'ai pensé qu'une traduction était absolument nécessaire pour donner enfin des amis ou des adversaires sérieux à Spinoza, et j'ai même osé espérer qu'elle pourrait mettre un terme à cette aveugle et stérile controverse qui s'agite depuis quinze ans dans le vide: débats ridicules où aucune des parties ne connaît les pièces du procès.

«Spinoza est un solitaire; il s'inquiète sérieusement de s'entendre avec lui-même, mais fort peu d'être entendu. Animé du plus violent mépris pour le vulgaire, il ne s'adresse qu'aux esprits d'élite, et fait de son style une algèbre à l'usage des géomètres et des penseurs; souvent même il invente des mois nouveaux. En France on a beaucoup de curiosité et peu de patience; l'erreur même fait moins peur que l'obscurité. Aussi Spinoza intéresse-t-il tout le monde sans se faire lire de personne.»

Une traduction française, c'est-à-dire claire et précise, de ces ouvrages théologiques ou métaphysiques très-difficiles à comprendre en latin était déjà une sorte de commentaires. Toutefois M. E. Saisset avait voulu joindre à ce rude travail, dont il s'est acquitté avec autant de talent que de zèle, une introduction étendue, où il se proposait, après avoir éclairci le caraclère et l'enchaînement du système, de soumettre le système lui-même à une discussion régulière et approfondie; mais cette introduction a pris peu à peu de si grands accroissements, qu'elle est devenue un livre. M. Émile Saisset n'en donne aujourd'hui au public que la première partie, c'est-à-dire une sorte d'exposition critique de la philosophie de Spinoza. Il se réserve de publier dans quelques mois la seconde partie, c'est-à-dire l'histoire et la réfutation de ce grand système.

Outre cette introduction, qui n'a pas moins de 200 pages, le premier volume contient une bibliographie générale des oeuvres de Spinoza, la Vie de Spinoza par Colerus, et le fameux Traité théologico-politique (Tractatus theologico-politicus) le seul ouvrage de Spinoza qu'il se soit décidé à publier de son vivant et le seul qui ait été traduit en français jusqu'à ce jour.