Dans le second volume, M. Émile Saisset a réuni l'Éthique, le Traité de la réforme de l'entendement et les lettres. L'Éthique renferme la doctrine de Spinoza; le Traité de la réforme de l'entendement, sa méthode; les Lettres sont un commentaire toujours animé, souvent lumineux, de l'une et de l'autre.

M. Émile Saisset ne se dissimule pas que beaucoup de personnes zélées, qui ne peuvent entendre parler avec calme de Spinoza, et qui, sans comprendre un mot au fond de sa doctrine, sans avoir lu une ligne de ses écrits, frémissent d'horreur en entendant prononcer son nom, verront dans son travail une nouvelle tentative pour le réhabiliter. «Il y a bientôt deux siècles, dit-il, une de ces personnes (la race en est fort ancienne) argumentait contre le spinozisme dans un cercle dont Boerhaave faisait partie. L'illustre médecin souriait en l'écoutant; il interrompit l'homme zélé par cette simule question: «Avez-vous lu Spinoza?» L'homme zélé sortit furieux et le bruit se répandit le lendemain dans Leyde que Boerhaave était spinoziste.»

Singulière existence, en vérité, que celle de Spinoza! Aucun homme n'eut une vie plus calme, plus simple, plus honnête, plus dévouée; et après sa mort, aucun homme ne fut plus méconnu, plus défiguré, plus déshonoré par haine et par l'ignorance. Les prêtres surtout ont pris plaisir à le représenter comme un type de ce que l'enfer a jamais vomi de plus détestablement impie sur la terre. Sans doute, Spinoza a professé dans ses écrits certaines opinions qui ne sont pas admissibles; toutefois, s'il s'égara quelquefois en cherchant consciencieusement la vérité, il n'en demeure pas moins un des plus grands philosophes dont l'humanité a le droit d'être fier, grand, non-seulement par la qualité de son génie, mais par la candeur de sa vie. Dans son bel article de l'Encyclopédie nouvelle M. Jean Reynaud le compare à ces navigateurs portugais, qui, vers le temps où l'Europe voulut changer l'ancienne route qui la faisait communiquer avec les pays où le soleil se lève, s'avancèrent hardiment au large, et sans réussir à toucher le terme du voyage, laissèrent à leurs successeurs l'exemple de leur audace et le bénéfice leurs premières découvertes. «Il a donné le branle à l'Allemagne, dit-il, et son initiative y est empreinte dans l'esprit actuel du protestantisme et de la philosophie.» Non, Spinoza ne mérite pas les ignobles injures qu'ont prodiguées à sa mémoire l'erreur de la mauvaise foi, et son traducteur a eu raison de défier quiconque dirait aujourd'hui que ce pieux et sévère métaphysicien est un athée, un matérialiste, un impie, de se faire prendre au sérieux par un homme médiocrement instruit.

En consacrant deux années de sa vie à l'oeuvre si difficile d'une traduction française des oeuvres de Spinoza, M. Émile Saissait a donc rendu un véritable service aux amis sincères des études philosophique. Ce travail consciencieux lui fera d'autant plus d'honneur qu'il l'a enrichi d'une remarquable introduction, dont la seconde partie sera impatiemment attendue et désirée par tous ceux qui auront lu la première.

O Taïti, Histoire et Enquête, par Henri Lutteroth. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. Paulin. 3 fr. 50 c.

M. Henri Lutteroth n'attarde qu'une médiocre importance politique, maritime et commerciale, à nos nouveaux établissements de l'Océan Pacifique. Dans son opinion, la France est mal informée. On a fait appel à ses sentiments généreux au profit d'une honteuse cause: celle de l'intolérance religieuse Le gouvernement français a, sans s'en douter peut-être, mis ses vaisseaux et ses soldais au service de la célèbre compagnie de Jésus, qui devient chaque jour plus nombreuse, plus forte, plus insolente et plus hardie.

Convaincu de cette nouvelle escobarderie des dignes successeurs de Loyola, M. Henri Lutteroth a cru devoir la dénoncer à la France entière dans son nouvel ouvrage intitulé: O Taïti histoire et enquête. Il cite des faits nombreux à l'appui de ses allégations. Le nom d'enquête que j'ai donné à mes investigations, dit-il, est bien celui qui leur convient. Loin de rien préjuger, je ne fais pas un pas sans interroger les témoins, et les témoins, ce sont presque toujours les hommes mêmes qui agissent; c'est de leurs récits que se forme le mien. Le principal résultat de ce travail sera de montrer la propagande jésuitique à l'oeuvre. «Tout cela, s'écriait Montrosier, en constatant que les jésuites remplissaient la France, tout cela nous est advenu comme une fantasmagorie; il a fallu plus de deux ans pour y croire.» On croit plus vite cette fois; mais, absorbé par les découvertes du dedans, on ne tourne pas assez les regards vers le dehors.»

M. Henri Lutteroth est le rédacteur en chef du journal protestant qui a pour titre le Semeur et qui occupe un rang honorable dans la presse parisienne. Mais il le déclare dès le début, --et nous ajoutons une foi entière à ses paroles,--autant que personne il est hostile à tout privilège pour les cultes; il se peut même qu'il diffère de plusieurs en ceci, qu'il le croit plus pour les cultes privilégiés que pour ceux qui ne le sont pas. La religion manquerait d'air dans le monopole; il a peur qu'elle n'y étouffe, et il n'a jamais dévié de ces principes dans l'appréciation d'aucun fait. Ce qu'il veut, ce qu'il réclame, c'est la liberté, c'est la tolérance; ce qu'il ne veut pas, c'est qu'une caste aussi tyrannique que la compagnie de Jésus, trompant une grande nation, parvienne à usurper, avec les armes de la France, une autorité absolue dont elle n'a pu s'emparer par la persuasion et par la douceur, et invoque le bras séculier contre quelques pauvres peuplades assez civilisées pour préférer les ministres protestants aux missionnaires de Picpus.

O Taïti (histoire et enquête) se divise en quatre époques. La première comprend les temps antérieurs au christianisme; la seconde, la conversion au christianisme,--c'est l'histoire proprement dite;--la troisième et la quatrième époque renferment au contraire les pièces de l'enquête car elles sont postérieures à l'introduction du christianisme et à l'arrivée des Français dans l'Océanie.--M. Henri Lutteroth a ajouté au récit des derniers événements le projet de loi concernant nos établissements de l'Océanie, voté récemment par la Chambre des Députés et l'exposé des motifs qui avait accompagné sa présentation.

Les Derniers Jours de l'Empire, poème en quatre chants, suivi de notes historiques et de poésies diverses; par Charles de Massas. 1 vol. in-8, orné d'un beau portrait de l'Empereur et de deux «gravures sur acier.--Paris, 1843. Furne.