Vaudeville.--Loïsa, acte 1er.--Loïsa, madame Doche;
Ernest de Kervin, Laferrière.
Vous voyez d'ici le tableau: Loïs est bientôt placé entre sa vanité et sa conscience, entre Loïsa et la grande dame; celle-là l'attendrit, celle-ci l'enivre. Quelquefois il revient à l'une malgré lui, avec un remords et un soupir; mais toujours l'autre l'attire et le domine.
Alors Loïsa tente une lutte désespérée; la comtesse est belle, Loïsa le sera; la comtesse a de l'esprit, Loïsa en aura; et déjà elle plaît, elle charme, elle séduit par la grâce de ses manières et la vivacité de ses reparties. Les adorateurs de la comtesse commencent à déserter et à venir tournoyer autour de cet astre naissant. Un d'eux surtout se hasarde et entame la déclaration. Cette défection irrite la comtesse, en même temps qu'elle attire l'attention de Loïs et rallume son amour pour Loïsa. Cet amour va éclater, quand Loïs apprend que Loïsa n'est plus une simple fille des champs, mais une riche héritière; s'il parle, s'il annonce son repentir, ne croira-t-on pas que ce retour vers Loïsa a pour cause un vil intérêt? Il se tait donc et souffre; mais, peu à peu, Loïsa lit au fond de son âme et enfin lui pardonne. La comtesse vaincue se rejette sur le premier venu. Quant à Loïs et Loïsa, ils retournent en Bretagne, disant à Paris un éternel adieu et s'adorant plus que jamais.
Ce petit roman, peu original au fond, a réussi par ces mots doux, aimables et couleur de rose, ordinaires aux vaudevilles signés de madame Ancelot.
Un brave officier de la vieille garde vient d'être blessé à la bataille de Champaubert; il a pour garde-malade une jeune soeur de charité: la vieille garde et la jeune garde! La soeur est d'un dévouement admirable pour le lieutenant; je soupçonne même qu'à ce dévoilement un peu d'amour se mêle; toute sage qu'elle est, notre jeune garde a le coeur tendre. Veilles, consolations, potions calmantes, elle n'épargne rien pour guérir la blessure du lieutenant. Le brave se laisse faire volontiers et son coeur est plein de reconnaissance.
Cependant, l'image de la patrie menacée l'assiège et le tourmente; il souffre de ce repos; la France est envahie de toutes parts: quand pourra-t-il reprendre son rang et se faire tuer pour elle? Ainsi s'inquiète-t-il, quand une horrible nouvelle lui est apportée:. un homme annonce que la France est vaincue et que Paris a capitulé. «Vous êtes un lâche et un imposteur! crie à cet homme le lieutenant exaspéré.--Vous m'insultez, réplique le donneur de nouvelles, et j'en demande raison.--Soit!--A ce soir!--A ce soir!» Déjà le lieutenant prépare ses pistolets.
La jeune garde a tout entendu. Que faire? s'il se bat, il se fera tuer, faible encore et malade comme il est! Non, il ne se battra pas. A ces mots, la soeur prépare un narcotique et le fait boire au lieutenant, qui s'endort d'un sommeil profond. En même temps, elle quitte ses babils de femme, revêt un uniforme d'officier et va échanger un coup de pistolet à la place du lieutenant. Celui-ci s'éveille au bruit du combat, et en s'éveillant retrouve notre héroïne blessée à l'épaule.
«Quoi! c'est pour moi?--Oui, pour vous,» répond-elle en baissant les yeux.
La triste nouvelle se confirme: Paris a succombé. Le lieutenant, au désespoir, se retire devant l'ennemi et rejoint ses compagnons d'armes, non sans jeter en passant un regard reconnaissant à la jeune et jolie garde, qui lui répond par un sourire mélancolique.--Auteurs; MM. Clairville et Salvat. On ne peut malheureusement tenir compte à ces messieurs que d'une honnête idée et d'une bonne intention.
Maintenant, permettez-moi de franchir les monts Jura et de faire une excursion à Lausanne; il y a un théâtre à Lausanne, et, outre le théâtre, un auteur plein de talent et d'esprit; le bruit en était venu jusqu'à nous. Mais comment se fier à un bruit? Il court tant de bruits de toute espèce; bruits faux et mauvais bruits. Nous aurions donc gardé le silence, si, à l'appui du bruit en question, la preuve n'était pas arrivée. J'ai en ce moment entre les mains une; très jolie comédie mêlée de couplets et représentée dernièrement à Lausanne au milieu des bravos. L'auteur est M. Porchat. Ce petit acte spirituel est intitulé Bonaparte en Suisse.