La cavalerie régulière paraissait rarement dans la zmala; elle était toujours en course avec les chefs les plus capables, chargés d'aller pousser les tribus à la révolte.

Les otages appartenant aux tribus douteuses campaient en arrière du douar de Miloud-ben-Arrach, et à la droite de l'infanterie régulière.

Le khazna (le trésor) était placée entre le douar d'Abd-el-Kader et celui de Miloud-ben-Arrach.

Les familles de sidi-Mohammed-ben-Aïssa el-Berkani, ex-khalifah de Médéah, et de sidi-Mohammed-el-Bou-Hamedi, ex-khalifah de Tlemsen, n'ont jamais paru dans la zmala, non plus que les frères de l'émir, si-Mohammed-Saïd, si-Mustapha, si-el-Haoussin et si el Mokhtadi, qui vivent retirés chez les Beni-Snassen.

Abd-el-Kader ne faisait que de rares apparitions au milieu de la zmala: il y a passé deux mois à peine dans l'espace de deux années. Se croyant tranquille sur le sort de sa famille, il n'était occupé qu'à nous susciter des embarras, soit en maintenant sous sa dépendance les tribus disposées à reconnaître la domination française, soit en excitant à la révolte les tribus déjà soumises.

En l'absence d'Abd-el-Kader, la zmala était commandée ou par son beau-frère, le khalifah. Mustapha-ben-Thami, ou par l'agha Miloud-ben-Arrach, ou par le kaïd Bou-Khehka, ou par El-Iiady-Djelai, son conseiller intime. Celui de ces quatre chefs qui n'était pas en campagne avec lui était chargé de pourvoir aux besoins de la zmala, comme à son salut, en cas de danger.

Il y avait dans la zmala un va-et-vient continuel d'étrangers. Les chefs qui venaient s'y plaindre ou nous trahir, leur suite, les courriers, les Arabes qui en fréquentaient les marchés, les nouvelles qu'on y faisait courir, tout contribuait à donner la vie à cette population voyageuse, qui comptait dans ses rangs des armuriers, des maréchaux-ferrants, des selliers, des tailleurs et jusqu'à des bijoutiers.

De nombreux marchés, assez bien pourvus, entretenaient une abondance d'approvisionnements suffisante aux besoins d'ailleurs si bornés des Arabes, renommés à juste titre pour leur frugalité proverbiale. Aussi la zmala, tout en menant une vie extrêmement dure dans le Désert, a-t-elle plus souffert par les fatigues des marches et contre-marches que par la faim, qui a tout au plus atteint les dernières classes de cette émigration. C'était dans les déplacements surtout qu'il mourait beaucoup de monde, malades, vieillards, enfants, femmes enceintes. Les prisonniers ont dépeint ce triste état de choses en disant; «A chaque gîte nous laissions un petit cimetière.»

Pour soutenir le moral de cette population, tous moyens étaient bons: cadeaux, mensonges, ruses, fausses lettres. Tantôt les Français, en guerre avec les Anglais, et aient forcés de diminuer leurs forces; tantôt Muley-Abd-el-Rahman, empereur de Maroc, s'avançait avec une grande armée; ou bien Ben-Allal-ben-Embarek avait remporté une victoire éclatante sur les chrétiens; tantôt les maladies les décimaient sur tous les points; puis le général Mustapha-ben-Ismael avait abandonné notre cause; enfin, ruinés par nos énormes dépenses, nous demandions la paix, et le gouverneur-général était changé ou tué. Pour chacun de ces mensonges les chefs ordonnaient des réjouissances, des fantasias, et les populations crédules continuaient à marcher dans le Désert sans murmurer! Le 16 mai, Abd-el-Kader, dont l'attention était toute reportée vers l'ouest, où manoeuvrait la division de Mascara, observait, avec une trentaine de cavaliers, du côté de Tiaret, les mouvements de la colonne commandée par le général de La Moricière, sans s'inquiéter de celle qui, sortie de Boghar sous les ordres de M. le duc d'Aumale, et séparée de Taguin par une distance de trente lieues, ne semblait nullement menacer la sécurité de la zmala. Celle-ci, arrivée le 15 à Taguin passa la nuit très-tranquillement, et, le 16, à la vue de nos spahis et chasseurs s'élançant à la charge au milieu de cette ville de tentes, cette audacieuse agression de 500 cavaliers seulement frappa de stupeur cette population agglomérée, et paralysa les mouvements même des plus braves. Envahie à onze heures du matin, la zmala était entièrement prise à deux heures de l'après-midi. Les cris des enfants, des femmes, des blessés, des mourants ajoutèrent au désordre, et la déroute des Arabes fut complète.

Un butin considérable tomba au pouvoir de nos auxiliaires indigènes. On estime à 1 million la somme en argent monnayé dont les vainqueurs s'emparèrent, et qui consistait principalement en piastres et en quadruples d'Espagne. Un spahis rapporta avec lui de cette expédition 10,000 francs, un autre 15,000. Une somme d'environ 40,000 francs fut apportée à M. le duc d'Aumale, et distribuée par lui aux cavaliers qui, chargés de missions au moment de la capture de la zmala, n'avaient pas pu assister à ce brillant fait d'armes. L'infanterie, arrivée à cinq heures du soir, eut également sa part du butin considérable pris à l'ennemi. La tente d'Abd-el-Kader, avec tout ce qu'elle renfermait en tapis, coussins, armes, a été offerte par les officiers et soldats du corps qu'il commandait, à M. le duc d'Aumale, qui l'a rapportée à Paris, et se propose de la faire dresser dans le parc de Neuilly.