Les familles de Ben-Allal-ben-Embarek, de Bel-Khérouby, de Bou-Khehka, de Miloud-ben-Arrach, sont de précieux otages. Mais, de tous les personnages tombés en notre pouvoir, le plus considérable est un vieillard plus qu'octogénaire, Sidi-el-Aradj, Marabout le plus vénéré des Hachem depuis la mort de Sidi-el-Mahi Eddin, père d'Abd-el-Kader. C'est lui qui, à leur retour de Marseille, présenta à l'émir les prisonniers de la Sickak, et adressa à cette occasion de publiques actions de grâce au roi des Français. Chez les Hachem, ce vieillard à barbe blanche, qui a plusieurs fois contre-balancé l'autorité d'Abd-el-Kader, est le premier qui l'ait proclamé et fait reconnaître sultan. Le fils de Sidi-el-Aradj ayant été pris par le général de La Moricière, au commencement de mars 11842, on tira le canon à Mascara en réjouissance de cette capture. Le vieux marabout peut être entre nos mains, un instrument utile pour la pacification de la province d'Oran. Retenu en Algérie par l'état de sa santé, il est à désirer que son grand âge lui permette de supporter les fatigues de l'embarquement, et de venir visiter la France, dont la grandeur et la puissance ne sauraient manquer de faire une impression profonde sur un esprit aussi éclairé que le sien.

M. le capitaine Marguenat, officier d'ordonnance du duc d'Aumale, a apporté à Paris, le 26 juin, à M. le maréchal ministre de la guerre les quatre drapeaux enlevés en même temps que la zmala. La remise en a été faite, le 1er juillet, aux Invalides, par M. le lieutenant-général Durosnel, aide-de-camp du roi, accompagné de M. le capitaine Marguenat. Ces drapeaux ont été reçus, devant la garde assemblée, par le général Petit, commandant l'hôtel en l'absence de M. le maréchal Oudinot, et par le clergé des Invalides; puis on les a suspendus aux voûtes de la chapelle.

Le premier est le drapeau d'Abd-el-Kader: flamme en étoffe légère de soie, formée de trois bandes égales chacune de 0m 60, celle du milieu de couleur bleue, les deux autres cramoisie.

Le deuxième drapeau, ou plutôt étendard, est celui du khalifah Ben-Allal-ben-Embarek: flamme en étoffe de damas broché, formée de quatre bandes égales chacune de 0m 50, sur un développement de 3m; les bandes sont de couleur verte, jaune, cramoisie et jaune, entourées d'un effilé des mêmes couleurs, plus d'un effilé blanc.

Ces deux drapeaux étaient plantés, en signe de puissance, devant les tentes principales des membres des familles d'Abd-el-Kader et de Sidi-Embarek.

Le troisième drapeau est celui d'un bataillon d'infanterie régulière: flamme d'étoile légère de soie damassée, formée de trois bandes chacune de 0m 50, dont deux de couleur jaune, et celle du milieu en noir mal teint; sur chaque bande se trouve appliquée une main, signe du pouvoir et de la justice; celle du milieu est blanche et celles des deux autres bandes sont rouges.

Enfin, le quatrième drapeau est celui de l'agha de la cavalerie régulière: flamme en serge, formée de quatre, bandes chacune de 0m 36, alternativement de couleur rouge-garance et noire.

Martin Zurbano.

Zurbano, aujourd'hui don Martin Zurbano, lieutenant-général des armées royales d'Espagne, et, par intérim, capitaine-général, général en chef de l'armée et de la principauté de Catalogne, est né en 1789 à la Rioja d'Alava. Son père était muletier au grand jour, mais il était avant tout contrabadista. Le jeune Martin profita admirablement des leçons et de l'exemple de l'auteur de ses jours. Il montra une si vive vocation pour la vie de contrebandier, il s'y distingua si bien, qu'il devint chef de bande tout jeune encore.

La province de Biscaye fut le théâtre naturel de ses exploits; il y était né, il en connaissait parfaitement la topographie, il savait par coeur tous les sentiers des montagnes; c'était là surtout qu'il pouvait lutter d'adresse avec les carabineros (douaniers). Pendant de longues années il put déjouer effectivement tous les plans que l'on fit pour l'arrêter. Il déploya dans cette guerre de ruse, d'énergie et de vitesse, un talent vraiment remarquable; aussi sa réputation remplit-elle bientôt la Biscaye et la Navarre.