La face du midi de la forteresse est occupée tout entière par une grande caserne casematée et terrasse G. Elle relie deux vastes bâtiments de construction royale; ce sont eux que fit élever Louis XIII. Celui de gauche H est habité par S. A. R. M. le duc de Montpensier, capitaine en deuxième au 4e régiment d'artillerie. Il loge dans les appartements d'Anne d'Autriche. Un régiment d'infanterie est installé dans celui de droite H'.
Pour sortir vous pouvez passer par la porte I, qui correspond à celle par laquelle vous êtes entré, et qui se trouve au milieu de la face méridionale, elle vous conduira sur le polygone on se font les différentes manoeuvres du régiment d'artillerie.
Une troisième issue passe sous une tour K située en face du donjon; c'est elle que nous allons prendre. Cette porte est restaurée comme vous voyez; on lui a heureusement conservé son caractère gothique. Vous franchissez sur un pont-levis le fossé oriental, et par un talus assez roide, après avoir dépassé une triple allée d'arbres magnifiques, vous descendez au milieu des nouvelles constructions dont il a été question à la Chambre des Députés; il y a quelques jours seulement. Ces constructions consistent jusqu'à présent en 12 bâtiments assez spacieux: 10 sont destinés à servir d'écuries, 2 seulement L sont élevés d'un étage avec comble, les 8 autres M n'ont qu'un grenier à fourrage. Il reste encore un immense espace vide qui probablement va se trouver rempli par tout ce qui est nécessaire au casernement de deux régiments d'artillerie, car Vincennes doit devenir une école de première classe. C'est là que devait s'élever aussi l'école de pyrotechnie pour laquelle la Chambre a refusé les fonds demandés, par le ministère.
Toute cette étendue se trouve reliée au fort par une enceinte bastionnée entourée de fosses, protégée par un chemin couvert et un glacis (voir le plan); mais cette enceinte ne ressemble pas dans tous ses détails à celle des autre forts.. Ainsi le front oriental seul est terrassé, et nos lecteurs n'ont rien de nouveau à y voir. Au centre de ces deux bastions s'élèvent deux magasins à poudre Q; au milieu de sa courtine, une porte R avec un pont-levis établit la communication avec l'extérieur. Les deux grandes branches, au contraire, ne sont pas terrassées, la banquette recouverte en bitume, le parapet, sont en maçonnerie, sous cette banquette sont pratiqués des créneaux séparés de trois en trois par les pieds droits des voûtes qui la soutiennent. Les petits bastions S n'ont pas de créneaux; leur terre-pleins est terrassé, mais leur parapet est en maçonnerie; à leurs flancs, des embrasures permettent l'emploi de l'artillerie. Sur le milieu de chacune des deux courtines les plus rapprochées du fort, s'ouvrent deux portes P à double arcade; à leurs côtés sont deux corps-de-garde O destinés aux postes de police et aux portiers-consignes.
Plan du château de Vincennes.
Nous voici parvenus au but que nous nous étions proposé: l'homme le plus étranger à l'art militaire peut, au moyen de ces quelques notes, diriger ses promenades aux environs de Paris et comprendre les travaux qu'on y exécute. Puissent encore ces détails sur des remparts, que chacun de nous est peut-être appelé à défendre, détruire le funeste préjugé qui subsiste contre la possibilité d'empêcher une armée ennemie d'entrer dans Paris, et prévenir les hontes de 1811 et 1815! Certes, ces remparts; si puissants, élevée à tant de frais, ne seront redoutables qu'autant qu'ils renfermeront de courageux défenseurs et des chefs dévoués: les plus méchantes bicoques ont soutenu des sièges héroïques, les places les mieux fortifiées ont capitulé honteusement. Une ville est imprenable quand sa garnison et sa population veulent réellement la défendre; la brèche serait faite, l'assaut donné, l'ennemi dans la ville que rien encore ne serait désespéré. On a vu des assigeants supérieurs en nombre maîtres un moment d'une ville et chassés honteusement par la garnison vaillamment retranchée dans les maisons. Est-ce rop présumer de la brave population parisienne et du dévouement de nos armées que de croire que de pareils exemples donnés par nos pères ne seraient pas perdus?
Fêtes des Environs de Paris
(Suite.--Voir pag. 263.)