--C'est impossible, répondit-elle d'un ton glacial; et elle referma brusquement la fenêtre.
--Oh! qu'une pareille action vous porte malheur, s'écria la pauvre femme; soyez punie dans votre enfant du mal que vous me faites!» Et éperdue elle s'élança vers les portes du château afin d'en forcer l'entrée. Elle se heurta sur le seuil au corps raide et droit du grand Belge, qui lui dit d'un air niais et insolent:
«Vous n'entrerez pas, madame; je ne me soucie point qu'un jour vous publiez quelque pièce de vers là-dessus.»
Le jour même où cette triste scène eut lieu, madame Louise Colet apprit une heureuse nouvelle: un riche Anglais, lord Kilgore, admirateur de ses vers, venait de se décider à se rendre acquéreur de Servannes pour mettre ce château à sa disposition. Mais, il mourut trois jours après, au moment même où il allait signer l'acte de vente.
Les émotions de madame Louise Colet ne sont pas toutes aussi tristes; il y en a beaucoup de gaies et d'heureuses. D'ailleurs madame Louise Colet a eu le tact de ne pas toujours parler d'elle, de sa famille, de ses amis ou de ses promenades; ça et là elle insère dans ses lettres intimes quelques pièces de vers inédites, une légende, ou une histoire véritable. La Marquise de Gange et les Nonnes de Saint-Césaire sont d'agréables nouvelles historiques. Mais nous recommanderons surtout aux personnes qui désireraient connaître la cause secrète d'un des plus grands crimes du dix-neuvième siècle la lecture du curieux chapitre intitulé: les Deux Assassinats.
Scilla e Cariddi; par Francis Wey. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. Arthus Bertrand. 15 fr.
Il n'en est pas de ces deux volumes comme des deux écueils fameux dont ils ont pris le nom: il ne faut éviter ni l'un ni l'autre. Après avoir visité le premier, on se sent naturellement attiré vers le second. Lecteurs timides que ces mois de mauvaise augure épouvantent, ne craignez pas d'aller vous briser contre un rocher perfide; abandonnez-vous librement au courant qui vous entraîne, et vous êtes certains de vous reposer quelques heures dans un port commode et sûr, d'aborder... à un livre spirituel, intéressant et suffisamment instructif.
Pourquoi donc ce litre? Pourquoi Scilla et pourquoi Cariddi? Rien de plus naturel: M. Francis Wey a fait, il y a plusieurs années, une promenade en Calabre et en Sicile; il a navigué dans le détroit de Sicile entre les écueils de Charybde et de Scylla, qui ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois, et il a donné leurs noms à ses impressions de voyages.--Parti de Poestum, il se rendit d'abord à Castrovillari, puis il visita successivement Spezzano, Sybaris, Milet, Locres, Reggio, Messine, Palerme, Agrigente, Syracuse, Catane, ou les emplacements de celles de ces villes célèbres qui ont cessé d'exister; il est monté, en outre, jusqu'au sommet de l'Etna. A son retour il a raconté cette excursion, assez rarement faite par nos touristes français, en homme d'esprit, sans exagérer et sans mentir, comme certains de ses prédécesseurs, et en savant sans pédantisme.--Scilla e Cariddi s'adressent donc à toutes les personnes qui désirent lire un ouvrage à la fois agréable et utile sur les Calabres et sur la Sicile.--Trois chapitres intitulés l'Oberland bernois, et un fragment sur Genève, terminent le second volume. Le récit de cette courte promenade dans les Alpes est moins vrai, et par conséquent moins intéressant que celui du curieux voyage qui le précède.--Du reste, à part ce léger reproche, nous n'avons que des félicitations sincères à adresser à M. Francis Wey. Si, au début de sa carrière littéraire, il avait paru un moment disposé à s'égarer sur les pas de certains écrivains à la recherche d'excentricités de mauvais goût, il a reconnu son erreur; il est engagé aujourd'hui dans une bonne voie, celle du bon sens et du bon style; qu'il continue à y marcher d'un pas ferme, et il atteindra infailliblement le but qu'il a dû se proposer.
Lettres sur l'Euphorimètrie, ou l'Art de mesurer la fertilité de la terre, indiquant le choix des meilleurs assolements, en faisant connaître d'avance leurs produits et leur action sur le sol; par J. Varembey. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. Madame Bouchard-Huzard. 4 fr.
Qu'est-ce que la fécondité de la terre? Malgré ses recherches et ses travaux, la science ne le sait pas encore, elle l'ignorera probablement toujours; car il est des mystères qu'il ne lui est pas donné de pénétrer. Nous explique-t-elle ce qui constitue la lumière, le calorique, la transparence des corps, leur ductilité, leur fusibilité, leur solubilité?