Mais si on ne peut découvrir le principe même de la fécondité, il est du moins facile d'étudier ses effets. «Jusqu'à ce jour, dit M. J. Varembey, dans son introduction, tous les hommes d'un esprit supérieur qui ont écrit sur l'agriculture, ont cherché à généraliser ses principes et se sont efforcés de l'élever au rang des sciences exactes; mais ils n'ont enfanté que des systèmes parfois ingénieux, souvent erronés et toujours incomplets, qui, à l'exemple de ceux que l'on voit éclore en médecine, ont été d'abord exaltés avec enthousiasme, puis modifiés, enfin abandonnés et remplacés par d'autres, qui avaient à leur tour une durée plus ou moins éphémère. Aussi, l'agriculture, quoi qu'on en dise, est-elle restée à peu près stationnaire et en arrière de tous les autres arts; son enseignement comme science manque tout-à-fait de doctrine, et ses livres innombrables ne sont que des expositions de systèmes défectueux et mal assis, ou plus souvent des compilations de pratiques irrationnelles et de procédés empiriques dont les résultats, subordonnés à l'état de fécondité des sols, ne répondent presque jamais à l'attente de ceux qui les mettent en application.»
Il est temps enfin d'abandonner une route qui va se perdre dans un abîme! Pourquoi vouloir arracher à la nature des secrets qu'elle prétend nous cacher? Que les agronomes cessent donc de chercher les éléments constitutifs de la fertilité et qu'ils l'étudient dans ses effets, comme on étudie les propriétés physiques des corps en général, sans essayer de déchirer le voile impénétrable qui couvre leur origine, et alors seulement ils parviendront à fonder sur des bases solides et durables la science dont ils s'efforcent en vain d'activer aujourd'hui les progrès.
Ces conseils, que M. J. Varembey donne à ses confrères, il les a suivis et il a obtenu des résultats merveilleux, s'ils sont aussi certains qu'ils paraissent devoir l'être. «On ne savait, dit-il, qu'une seule chose certaine en agriculture: c'est que la quantité de produits végétaux qu'on retire de la terre par une culture supposée convenable, est toujours proportionnée à l'état de fécondité du sol. Mais on ignorait le rapport exact de cette proportion, parce qu'on n'avait pas trouvé le moyen de mesurer la puissance productive de la terre, et que dès lors il était impossible d'établir le rapport proportionnel de deux quantités, dont l'une restait inconnue. Par la même raison, on ignorait aussi ce que les produits végétaux, proportionnellement à leur volume, font subir d'augmentation ou de diminution à la fécondité du sol d'où ils sont sortis.
«Ainsi, les deux propositions fondamentales qui s'offraient d'abord à l'élude scientifique étaient celles-ci:
«--Déterminer ce que l'intensité connue de la fécondité d'un sol doit y créer de production végétale.
«Et réciproquement:
«--Déterminer ce qu'une quantité connue de production végétale recueillie dans un sol retranche ou ajoute à sa fécondité.
«Or, ce double problème était subordonné à la solution préalable de cet autre problème: combien une quantité connue de production végétale, obtenue sur un sol d'une surface donnée, indique-t-elle de fécondité en lui? Et tous ces problèmes devaient demeurer insolubles, tant qu'on ne saurait pas réduire la fécondité elle-même en quantités. Il fallait donc, avant tout, la soumettre à un mode rationnel de mesure; et dès lors l'Euphorimétrie, qui mesure la fertilité de la terre, devient une étude introductive à la science de l'agriculture.»
Il nous est impossible, on le conçoit, de suivre H. J. Varembey dans ses démonstrations, d'expliquer avec détail comment il est parvenu à mesurer la force productive du sol, et surtout quelles conséquences importantes il tire lui-même de sa découverte. Forcé de nous renfermer dans de certaines limites, nous avons dû nous borner à indiquer le but auquel tendent ses travaux. Ajoutons seulement qu'il enseigne l'art de mesurer la fécondité actuelle du sol, de calculer de combien telle culture ou telle récolte l'augmente ou la diminue, et qu'il apprend à connaître d'avance quelle sera la quantité de produits qu'on devra recueillir d'après le mode de culture suivi, la dose d'engrais donnée au terrain, la récolte qui a précédé, rie. Sa méthode permet d'ouvrir à chaque champ un compte de fécondité par droit et avoir dans lequel les entrées opérées par le fumier, la jachère, les légumineuses enfouies, les légumineuses fauchées au vert et le pâturage, sont évaluées avec exactitude, de même que les sorties résultant des récoltes de grains dont la quantité peut ainsi être prévue à l'avance.
Avant d'être publiées en volumes, les Lettres sur l'Euphorimétrie, signées seulement des initiales J. V., avaient paru, à de longs intervalles, dans le Journal d'Agriculture de la Côte-d'Or; elles frappèrent vivement l'attention publique: tous les recueils spéciaux s'empressèrent de les signaler à leurs lecteurs. La Revue scientifique, entre autres, leur consacra un long article, auquel nous, empruntons le passage suivant, qui nous dispensera de tout autre éloge: