La Prusse, puissance exclusivement militaire, est à la tête d'un vaste système d'association douanière, et elle s'occupe des questions de commerce et de tarif plus encore que d'organisation militaire.
L'Autriche et la Russie, puissances si stationnaires jadis, créent des chemins de fer, des banques, des écoles de droit et de commerce; elles donnent à leur navigation un développement nouveau. L'Angleterre ouvre la Chine à l'activité européenne; comment la France resterait-elle en arriére d'un pareil mouvement? Malgré elle, elle marche dans cette voie immense que la paix a ouverte. Les besoins industriels du pays, les éléments si féconds du travail national poussent instinctivement nos Chambres vers l'organisation industrielle qui doit assurer notre puissance et nous faire garder en temps de paix le rang élevé que nous avons pris parmi les nations en temps de guerre. Ainsi la session qui vient de se terminer a réduit le budget de la guerre et voté l'établissement d'une École royale d'Arts et Métiers à Aix en Provence.
Une ordonnance du roi vient de mettre à exécution le vote de la Chambre. Le nombre des élèves de l'école d'Aix est fixé à trois cents; ils seront admis par tiers d'année en année, à partir du 1er octobre prochain. De même qu'aux Écoles de Châlons et d'Angers, le nombre des pensions à la charge de l'État est fixé ainsi qu'il suit: soixante-quinze pensions entières soixante-quinze à trois quarts, soixante-quinze demi-pensions.
Les conseils-généraux des départements des Bouches-du-Rhône et du Var, les conseils municipaux des villes de Marseille et d'Aix, et la chambre de commerce de Marseille devront voter des ressources nécessaires à l'appropriation des bâtiments et dépendances de l'hospice de la Charité, consacrés à l'établissement de l'École.
On sait que les Écoles royales d'Arts et Métiers ont pour objet de former des praticiens, des contre-maîtres, des chefs d'atelier habiles, et qui offrent à l'industrie privée des garanties de talent et de probité. Accroître le nombre de ces établissements, c'est contribuer au progrès industriel, à l'amélioration du sort des classes ouvrières, et c'est à ce titre que l'Illustration mentionne cette création utile et s'en réjouit.
Horticulture
LES ROSES.
Heureux l'amateur qui peut s'enorgueillir d'une variété de roses vraiment nouvelle, née dans son parterre, et lui chercher un nom nouveau en la plaçant sous le patronage de la puissance ou de la beauté! Pour tous ceux chez qui le goût des fleurs est passé à l'état de passion, et l'on n'est pas véritablement amateur sans y mettre un peu de passion, la culture des roses donne lieu à une suite d'émotions empreintes d'un caractère que nous pourrions nommer moral, si l'on n'avait trop abusé de cette expression; car ces émotions sont le prix d'un travail, travail équivalant à un délassement, il est vrai, mais cependant travail assidu, ayant, comme tous les travaux, ses phases, ses soucis, ses inquiétudes, ses déceptions et ses récompenses.
S'il entrait dans notre plan d'aborder le côté sérieux et philosophique de ce sujet, il nous offrirait ample matière à dissertation; le goût des fleurs, et celui des roses en particulier, ont une bien plus grande portée que ne le pense le vulgaire. Comparez seulement, partout où la floriculture est passée dans les moeurs du peuple, l'ouvrier qui donne son dimanche aux cartes et au cabaret à celui qui consacre le jour du repos tout entier à la culture de ses fleurs; considérez quelle heureuse série de rapports toujours affectueux s'établit entre les hommes de conditions diverses qui professent également le goût des fleurs, et surtout le goût des mêmes fleurs! Bien des riches, qui ne rendraient pas sans cela le coup de chapeau à un pauvre artisan, vont chez lui, lui prodiguent les marques de bienveillance, lui font obtenir quelquefois ce que jamais le droit le plus évident n'aurait pu gagner: et le tout pour avoir un oignon, une greffe, une bouture, une simple graine, qu'ils ne sauraient trouver nulle part à prix d'argent. La passion des fleurs produit quelquefois dans ce sens d'étranges condescendances. Nous citerons à ce propos une anecdote récente, à notre connaissance personnelle.
Un de nos amis, grand amateur de roses, entreprit, l'année dernière, un voyage à Liège, Belgique, rien que pour visiter les belles et riches collections de rosiers que renferme cette partie de la riante vallée de la Meuse. On sait que la culture des roses est en grand honneur en Belgique et particulièrement dans la province de Liège. Un amateur belge, homme riche et titré, s'empressa de faire à l'amateur parisien les honneurs des plus belles collections du pays, à commencer par la sienne, qui ne comptait pas moins de 700 variétés. Le matin du jour fixé pour son départ, le Parisien dormait encore lorsqu'il fut réveillé dès la pointe du jour par son hôte liégeois. «Je n'ai pas voulu, lui dit celui-ci, vous laisser partir sans vous faire voir la seule collection de rosiers qui vaille ici la peine qu'on en parle; toutes les autres, y compris la mienne, ne sont rien à côté; j'en donnerais tout ce qu'on pourrait en demander si elle était à vendre; seulement, vous allez me donner votre parole d'honneur que, ni maintenant, ni plus tard, vous ne vous souviendrez pour personne d'avoir vu cette collection, et que vous ne reconnaîtrez pas l'homme chez qui je vais vous conduire, si vous venez à le rencontrer.» Ces conditions acceptées, le Parisien fut conduit par des rues détournées dans un fort beau jardin situé au fond d'une ruelle déserte du Faubourg de Vivegnis. Là, il fut ébloui de la beauté de plus de 1,200 rosiers en pleine fleur qui surpassaient tout ce qu'il avait pu se figurer, tant pour la beauté des variétés que pour la perfection de chaque fleur en particulier. L'heureux possesseur de ces merveilles végétales fit aux visiteurs un accueil plein de cordialité, mais en même temps empreint d'une réserve et d'une humilité que la haute position de son introducteur n'expliquait pas suffisamment aux yeux du Parisien. Une voiture attendait les voyageurs au bout de la ruelle qui donnait sur la campagne; ils firent un long détour pour rentrer en ville. Le Parisien emportait comme souvenir de la visite une vingtaine de greffes parfaitement emballées, d'une excessive rareté.