Académie royale de Musique.--La Péri, ballet
fantastique.--2e acte.--Pas de l'abeille:
Mademoiselle Carlotta Grisi.
La musique est le début dramatique d'un jeune compositeur connu seulement jusqu'ici par quelques morceaux de piano, quelques romances et une valse intercalée dans Giselle. C'est cette valse qui a fait, dit-on, baisser devant lui le pont-levis et la herse qui, à la porte de l'Opéra, se dressent toujours à l'arrivée d'un nouveau venu. Son travail a paru un peu monotone; les effets n'y sont pas assez variés; les rhythmes dansants y occupent une trop large place: les scènes qui exigent de l'expression y sont en général faiblement traitées; mais on y remarque beaucoup d'invention, beaucoup d'idées, des mélodies faciles, bien rhythmées et toujours élégantes; ce sont la des qualités devant lesquelles tous les défauts disparaissent.
Après tout, s'il y a dans le ballet nouveau quelques parties faibles et quelques erreurs de plan, il y a aussi deux choses qui compensent tout, qui suppléeraient à tout, et dont je ne vous ai pas encore parlé: c'est l'élégance de. Petipa et la grâce enchanteresse de Carlotta Grisi.
La danse, disait dernièrement un écrivain spirituel, est la poésie du corps humain. A ce compte-là, Carlotta Grisi est un des plus charmants poètes du notre époque.
Les Contrebandiers de la Sierra-Nevada, la Chasse aux Belles Filles. (Théâtre des Variétés.)--Les deux Soeurs. (Théâtre du Gymnase.)--L'autre Part du Diable. (Théâtre du Palais-Royal.)--Les Petites Misères de la vie humaine. Théâtre de Vaudeville.
Théâtre des Variétés.--Les contrebandiers, ballet espagnol.
L'autre jour quelqu'un vous contait, ici même, les terribles aventures du contrebandier Zurbano, le Zurbano de Barcelone; mes contrebandiers ne sont pas de cette race féroce; ils rient sous la tonnelle, ils dansent et boivent et trinquent à leurs amours, faisant une plus grande dépense de boléros et de castagnettes que de poignards et de coups de fusil. Si par hasard ils ont des velléités de bataille et de férocité, cela dure peu, et nos drôles rentrent bientôt la lame au fourreau pour reprendre la castagnette et le boléro, comme vous l'allez voir.
Suivez-moi dans une des vallées de la Sierra-Nevada; là nous trouverons une bande d'Espagnoles à l'oeil ardent et au teint bruni, jeunes femmes et jeunes filles. Mais où sont les hommes? Les hommes sont à courir l'aventure; ils se glissent le long des sentiers tortueux, ils rampent sur le flanc des rochers, il» franchissent les ravins et jouent mille tours pendables à messieurs les carabiniers, ennemis naturels des contrebandiers.
Cependant les femmes s'inquiètent: nos pères, nos frères, nos maris, nos fiancés, reviendront-ils? Ils sont tous pleins de ruse, d'habileté et de courage; mais qui sait où peut aller la balle d'un carabinero? Peut-être a-t-elle frappé celui-ci au front, celui-là à la poitrine; peut-être nos braves se traînent-ils de rochers en rochers, blessés et haletants, et laissant des traces de sang aux ronces du chemin.