Les galeries de peinture et de sculpture ont été rendues aux études, le 8 juillet, après une intervalle de cinq mois. Pendant cinq mois entiers les élèves avaient été privés de la vue inspiratrice des vieux chefs-d'oeuvre; ils étaient réduits à copier l'école de l'empire dans la galerie du Luxembourg.
Sculptures chinoises exposées au Musée du Louvre.
Leur exil vient enfin de cesser, et il était beau de voir avec quelle honorable ardeur ils se précipitaient vers leurs tableaux de prédilection: la Belle Jardinière, l'Archange saint Michel, les Noces de Cana, la Kermesse flamande, les Bergers d'Arcadie ou Saint Paul à Éphèse. Le public aussi s'est hâté d'aller redemander un peu de poésie aux splendeurs du Musée. Le Parisien aime le Louvre; il souffre de le voir fermé, et chaque année, renouvelant ses doléances, il s'écrie avec amertume: «Pourquoi ne pas destiner un local spécial aux expositions? Pourquoi masquer notre riche collection par de lourds échafaudages, et encombrer de peintures modernes des salles rétrécies, où elles manquent d'air et de soleil? A quoi bon bouleverser le Musée, quand les fonds consacrés depuis tant d'années à de fâcheux dérangements auraient pu suffire à la construction d'un magnifique palais? Ne touchez pas au sanctuaire des écoles anciennes; abattez la galerie de bois qui déshonore la façade intérieure du Louvre, et ménagez un emplacement spacieux, commode, monumental, aux compositions annuelles de nos artistes contemporains.» Puisse-t-il en être ainsi!
Durant ces dernières vacances, le Musée s'est enrichi de trois statues chinoises et du cabinet légué au roi des Français par M, Franck Hall Standish (de Londres). Les trois Chinois, rapportés de leur pays natal par un officier de marine, sont, dit-on, un mandarin et deux hommes du peuple en bois sculpté, doré et peint. Il est, au contraire, hors de doute que ce sont trois divinités. Ou les a placés dans la salle du Globe, au Musée Charles X, où ils excitent plus d'étonnement que d'admiration. Le prétendu mandarin, corpulent personnage, la tête inclinée, les mains jointes, assis sur une chaise, est doré de la tête aux pieds, à l'exception du dos, que recouvre une couche d'argent. Sa mitre orientale est enrichie de perles blanches et bleues; sa barbe se compose de quatre ou cinq mèches de crin blanc, qui flottent sur sa poitrine; sa taille est celle d'un homme adulte surcharge d'embonpoint. Lesdeux prolétaires ou plutôt les dieux inférieurs placés à ses côtés sont de moindre dimension; ils ont la peau verte et brune, les habits teints de plusieurs couleurs éclatantes, le corps demi-nu, et d'affreuses physionomies. Ces trois échantillons de la sculpture chinoise ne sauraient donner une grande idée des beaux-arts du Céleste-Empire; mais on ne peut du moins leur contester le mérite de la singularité.
La collection de M. Franck Hall Sandish a remplacé le Musée de Marine, et occupe sept salles entre les galeries des dessins et le Musée espagnol. Le legs de cet amateur anglais est un témoignage d'estime dont on doit assurément lui savoir gré, mais qui n'a guère de valeur intrinsèque. M. Franck, comme la plupart des amateurs, s'abusait sur le mérite des oeuvres d'art qu'il avait recueillies; sa collection, qui émerveillait les visiteurs de Sandish-Hall, dépare presque le royal palais du Louvre. Les rédacteurs du catalogue ont dû substituer aux affirmations audacieuses, les: attribué à, école de, imitation de, genre de, formules équivoques, équivalentes à une négation. Néanmoins, au milieu des copies et des peintures apocryphes, on remarque dans le cabinet Standish plusieurs tableaux de la possession desquels nous pouvons nous féliciter: un paysage avec figures, d'Antoine Watteau; quatre dessus de porte du château de Belle-Vue, par Carle Van Loo; des tableaux de fruits et d'animaux, par Suyders; un portrait de Velasquez, quelques toiles de Murillo et une dizaine de dessins. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.
La bibliothèque qui fait partie de la collection renferme d'excellentes éditions des classiques grecs et latins, de la Bible et des Pères de l'Église: les savants ouvrages de L.-A. Muratori, le Monasticon de William Dugdale, la Britannia de Cariden, the Costumes of the Ancient de Hope, les Monuments de la Monarchie de Bernard de Montfaucon et autres précieux recueils qui figureraient plus utilement à la Bibliothèque Richelieu que dans les galeries de peinture et de sculpture du Musée royal.