En Espagne, ils mènent une assez joyeuse vie et oublient leurs mésaventures de Saint-Cyr et de la Bastille. Un beau jour, ou plutôt un beau soir, le duc d'Anjou, devenu roi, donne grand bal: deux femmes masquées y attirent les regards; bientôt Saint-Hérem et de Bouloi sont sur leurs traces et s'épuisent en galanterie; on les encourage, on leur donne de l'espérance; puis, au moment décisif, les masques tombent: «C'est elle I s'écrie Saint-Hérem; c'est elle! répond de Bouloi. En effet, l'une de ces beautés mystérieuses était madame de Saint-Hérem, l'autre madame de Bouloi.

Voici encore nos époux aux prises et de nouveau face à face: de Bouloi tient bon; Saint-Hérem commence à s'émouvoir. Bientôt la jalousie achèvera de triompher de sa rancune, car la jalousie, en éveillant en lui le sentiment de l'honneur conjugal, réveillera en même temps son amour. Cette jalousie, c'est le duc d'Anjou qui la cause. Le duc, pour se distraire, se met à aimer madame de Saint-Hérem, et Saint-Hérem s'imagine que sa femme est complice de cette fantaisie. Alors tout change; Saint-Hérem s'inquiète, épie, surveille; de son côté, madame de Saint-Hérem, voyant ces premiers symptômes d'une affection renaissante, attise le feu en paraissant pencher du côté du duc d'Anjou. Que vous dirai-je? les choses vont si loin, que le duc se décide à éloigner Saint-Hérem pour se mettre plus à son aise. Pour le coup, l'honneur du mari se gendarme et éclate tout entier; le vicomte accable sa femme de reproches; il va jusqu'à menacer le roi et à tirer à demi l'épée du fourreau.--La réponse de madame de Saint-Hérem est bien simple: «Pourquoi m'avez-vous abandonnée et insultée par cet abandon?» Pour le roi, il se promet de punir Saint-Hérem exemplairement.

Mais il est temps que tout cela finisse. Madame de Saint-Hérem, touchée de ces preuves de l'amour de son mari, lui pardonne; et le roi, revenant à la clémence, en fait autant. L'aventure finit donc le plus charitablement du monde, sauf de la part de Bouloi, qui est obligé de reprendre sa femme, mais à contre-coeur, et, c'est le cas de le dire, à son corps défendant.

Tel est le fond de la comédie de M. Alexandre Dumas; il n'y a rien de plus ni de moins, aux détails près, qui sont spirituels çà et là, mais le plus souvent d'assez mauvais ton. En conscience, est-ce là une comédie? Ne vous semble-t-il pas, bien plutôt, vous promener à travers les petits sentiers si fréquentés du Vaudeville ou de l'Opéra-Comique?

M. Dumas n'a donc fait la ni une oeuvre très-estimable ni une oeuvre positivement littéraire; il a réussi, c'est quelque chose; mais ce succès ira-t-il loin? j'en doute, tout en le désirant pour le Théâtre-Français.

La pièce est bien jouée par Régnier, par Firmin, par mademoiselle Plessy, qui a été charmante, et par mademoiselle Anaïs; Brindeau est très-lourd et très-empâté.

L'Illustration renvoie à son prochain numéro le dessin qui doit représenter la scène principale et quelques-uns des personnages de cette comédie.

Théâtre de la Porte-Saint-Martin.--Lénore, ou les Morts vont vite.--Fin du 3e acte: Wilhelm de Lutzow, Clarence; la comtesse Diane de Valberg, mademoiselle Klotz; le vieux strelitz, Rancourt.

MM. Cogniard frères, assistés de M, Henri Blaze, viennent d'accommoder en drame la fameuse ballade de Burger intitulée Lénore. La ballade n'offrant pas une suffisante pâture au drame, MM. Cogniard et Blaze ont imaginé de compagnie une fable romanesque qui corrobore l'action et la peuple d'événements et de détails qui ne sont pas sans intérêt.