Lénore est la fille d'un simple médecin, Wilhelm le fils d'un baron allemand très-entiché de noblesse; le baron oblige son fils à quitter Lénore pour aller se battre à l'armée du roi. Lénore pleure, gémit, se désespère pendant l'absence de son amant, et lui reste fidèle.
| Théâtre du Vaudeville.--Madame Barbe-Bleue.--1er acte: Arnal, de Pezenac sortant du tonneau où il s'est caché dans le bâtiment qui le transporte à la Martinique. | Théâtre du Vaudeville.--Madame Barbe-Bleue.--2e acte: Arnal, de Pezenac; madame Doche, madame Barbe-Bleue; Desbirons, Gant-de-Cuir. |
Dans la bataille, Wilhelm est blessé mortellement; on l'apporte mourant sur un brancard, et déjà son coeur ne bat plus. La nouvelle arrive jusqu'à Lénore, qui attendait toujours.
Tout à coup, au milieu de sa plus violente douleur, quelqu'un frappe à sa porte; elle ouvre; c'est Wilhelm qu'elle croit mort; Wilhelm l'emporte dans ses bras, et comme l'indique la ballade, l'emmène parmi les tombeaux; mais le drame ne suit pas la ballade plus longtemps.--Wilhelm a été sauvé par un miracle, Wilhelm est plein de vie. S'il a laissé courir le bruit de sa mort, s'il n'a pas détrompé son père, c'était pour briser les entraves que l'autorité paternelle et les préjugés opposaient à son amour, et pour se donner tout entier à Lénore, sans que le monde soupçonnât son bonheur et vint le troubler.
Lénore et Wilhelm finissent donc par s'unir et par être heureux, le mélodrame le veut ainsi et donne tort à la ballade. Cependant le drame a suffisamment conservé les émotions et la teinte surnaturelle de la poésie de Burger, pour tenir les spectateurs en suspens et leur donner le frisson. Madame Dorval a d'ailleurs jeté sur le rôle de Lénore un caractère de souffrance amoureuse et de mélancolie d'un effet très-saisissant.
Adieu le drame funèbre! nous voici avec Arnal. C'est le moment de chasser l'humeur noire ou jamais. Arnal s'appelle M. de Pezenac. Pezenac n'a pas le sou, et va chercher fortune en Amérique; or, comme Pezenac n'a pas de quoi payer la traversée, il s'insinue ingénieusement dans un tonneau de sardines, puis, une fois en mer, se manifeste bravement aux passagers, et sort de son tonneau au nez du capitaine ébahi.
En Amérique, c'est un surcroît d'aventures. Pezenac se croit sur le point d'épouser madame Barbe-Bleue, quand tout à coup il voit la susdite dame qui se laisse traiter familièrement par un boucanier. Vous le dirai-je! le boucanier embrasse madame Barbe-Bleue à la barbe de Pezenac.
Le boucanier en a le droit, car il est le mari légitime. Ce nom de madame Barbe-Bleue, ce costume de boucanier cachent deux proscrits, le duc de Montmouth et la duchesse sa femme. Pezenac apprend cela plus tard en les sauvant tous les deux, acte de dévouement qui lui vaut un beau château pour récompense. Le tout est suffisamment gai, et Arnal suffisamment plaisant.
Je n'ai rien à dire de Francesca, qui obtient un très-grand succès au Gymnase. L'Illustration en a donné un avant-goût à nos lecteurs, il y a quelques semaines, par une charmante comédie imprimée ici-même et intitulée les deux Marquises.--Francesca n'est rien de moins et presque rien de plus; c'est la même finesse de détails, le même intérêt vif et relevé. Il y a cependant, pour surcroît d'agrément, mademoiselle Rose Chéri, qui donne la vie, le mouvement et un charme touchant au rôle de Francesca.