Quant à El-Mezari, il fit sa soumission à Abd-el-Kader, et celui-ci, pour l'en récompenser, lui conféra le titre d'agha. De son côté, El-Mezari donna alors à son nouveau maître de nombreuses preuves de son dévouement; il poussa le zèle à le servir jusqu'à faire saisir et garrotter son propre neveu, Ismaël-Ould-Kadhi, pendant qu'il travaillait à retenir, dans les environs d'Oran, un certain nombre de tentes des Douairs et des Zmélas, dont les habitants flottaient incertains entre la domination française et celle de l'émir. Ismaël-Ould-Kadhi trouva moyen de s'échapper, et, entra dans les spahis d'Oran, où il sert aujourd'hui avec distinction.

Blessé au combat de la Macta (28 juin 1835), à la suite duquel l'émir le nomma kaïd des Flitahs, El-Mezari le fut plus tard encore à l'affaire de l'Habra, le 3 décembre 1835.

El-Mezari, agha des Douairs.

Après l'expédition de Mascara, occupé par le maréchal Clauzel le 6 décembre 1835, Abd-el-Kader montra à El-Mezari une méfiance qui fit naître en lui de justes craintes et réveilla peut-être d'anciens ressentiments. El-Mezari, d'ailleurs, doué d'une grande pénétration, dut regarder la cause de l'émir comme perdue, et fit secrètement des ouvertures à Ibrahim, notre bey de Mustaganem. Dès qu'il fut certain d'en être bien reçu, il se réfugia dans cette ville, entraînant avec lui une partie des Douairs et des Zmélas restés jusqu'alors fidèles à Abd-el-Kader. Le maréchal Clauzel, instruit de son arrivée, lui envoya le commandant Jusuf pour l'assurer de sa bienveillance et le conduire à Oran.

Au commencement de janvier 1836, El-Mezari fit son entrée dans cette ville à la tête d'une nombreuse escorte d'Arabes bien armés; plusieurs d'entre eux portaient des étendards rouges et verts au milieu desquels était peinte une main blanche, étendue en signe de commandement. Une maison était assignée pour l'habitation d'El-Mezari, et des rations pour ses hommes et ses chevaux. Il descendit d'abord dans le logement qui lui avait été prépare, et après une heure consacrée aux ablutions religieuses et aux soins de sa toilette, il reparut vêtu d'un haïk d'une blancheur éclatante, la tête ceinte, suivant l'usage, d'une corde de chameau, et monté sur un cheval richement harnaché à la mode arabe. Il se dirigea vers la Kasbah, accompagné du commandant Jusuf, d'Ibrahim-Bey et de Kadour-ben-Morphi, ancien kaïd des Bordjias, qui avait aussi abandonné l'émir avec quelques hommes de sa tribu, et qui est en ce moment notre kaïd des Flitahs.

Le maréchal Clauzel, en uniforme, environné de tout son état-major en grande tenue et des principaux fonctionnaires civils, donna audience à El-Mezari dans la magnifique salle de réception de la Kasbah. Après quelques compliments réciproques, échangés par l'entremise des interprètes, il le fit revêtir d'un superbe burnous, et lui offrit une fort belle paire de pistolets. El-Mezari reçut ces présents avec un sourire de satisfaction. Cependant les principaux d'entre les Arabes de sa suite, et les chefs des Douairs et des Zmélas, demeurés nos alliés, se prodiguaient entre eux force embrassements: les uns se baisaient les joues ou le haut de la tête, les autres déposaient humblement leurs lèvres sur le bras, sur la main, ou même sur le bas du burnous, en s'agenouillant, selon leurs qualités respectives.

Dans cette première entrevue, on remarqua le tact naturel d'El-Mezari, dont la convenance parfaite, quoique instinctive, n'avait rien à emprunter à notre civilisation. Il se tenait debout, écoutait attentivement ce qu'on lui disait, et répondait lentement et avec réflexion. A sa sortie, comme à son entrée, il prit la main du maréchal et la baisa respectueusement, mais sans affectation servile. La déférence hiérarchique est tellement enracinée dans les moeurs arabes que, malgré son âge et son rang, on a vu parfois El-Mezari descendre de cheval sur la place publique d'Oran pour tenir l'étrier à son oncle Mustapha-ben-Ismaël. Le maréchal Clauzel assigna à El-Mezari un traitement et le nomma khalifah (lieutenant) du bey Ibrahim.

Depuis cette époque El-Mezari prit une part active à toutes nos expéditions. Après la prise de Tlemsen (janvier 1836), chargé de poursuivre, de concert avec Mustapha-ben-Ismaël, les troupes de l'émir qui fuyaient du côté du Maroc, il défit, à la tête de son goum, une partie de l'infanterie ennemie; sa coopération ne fut pas moins efficace dans l'expédition dirigée quelques mois plus lard par le général Perregaux contre les tribus de la vallée du Chélif,

Lorsque le traité conclu à la Tafna, le .30 mai 1837, eut rétabli la paix, El-Mezari, qui supportait impatiemment le repos, fut partagé entre le désir de faire le pèlerinage de la Mecque et de suivre l'expédition de Constantine. Vers le même temps, un homme de la tribu des Bordjias qui s'était réfugié à Mostaganem, ayant voulu retourner vers Abd-el-Kader, Mezari, au lieu de lui en accorder la permission, lui fit donner cinquante coups de bâton et payer une amende de cent piastres.