Depuis la reprise des hostilités en novembre 1839 jusqu'au mois de juillet 1842, El-Mezari a constamment combattu dans nos rangs. Investi, le 12 août 1841, par M. le lieutenant-général Bugeaud, des fonctions d'agha des troupes indigènes placées sous les ordres de Hadj-Mustapha-Ould-Osman, bey de Mostaganem et de Mascara, il a obtenu de nombreuses soumissions qui ont fourni des contingents à son goum. En juillet 1842, El-Mezari annonça de nouveau l'intention de se rendre en pèlerinage à la Mecque, et cette fois il réalisa ce projet avec l'assistance du gouvernement français. Embarqué d'Alger à Marseille, et de Marseille à Alexandrie, sur les paquebots de l'État, ainsi que ses deux fils, il est revenu en Algérie de la même manière. Au moment même où il reparaissait dans la province d'Oran, le général Mustapha tombait frappé d'une balle, au retour d'une heureuse rhazia, Mezari a été sur-le-champ appelé au commandement des Douairs, des Zmélas et des Gharabas, et il s'est mis presque aussitôt en campagne pour venger la mort de son oncle,
Mohammed-E-Mezari est un homme d'environ cinquante-six ans; sa physionomie est empreinte d'un mélange de douceur et de ruse; son regard est fin et pénétrant; sa taille est au-dessus de la moyenne. Comme presque tous les Arabes, il monte parfaitement à cheval. Sa bravoure est incontestable. Au passage de l'IJabra, une balle française lui enleva deux doigts. Il a déjà rendu, comme Mustapha, des services réels à notre cause. Il affectait, même avant son pèlerinage à la Mecque, un grand rigorisme religieux, et c'était encore là un trait de ressemblance avec le général Mustapha-Ben-Ismaël.
II. Mohammed-el-Aboudi, sous-lieutenant de saphis (escadrons d'Alger),
Si Hadj-Mohammed-el-Mezari, dont la famille appartient à l'aristocratie de la tribu des Douairs d'Oran, est, dans l'armée française, le représentant de la milice indigène au service des anciens beys de la province, le jeune sous-lieutenant de saphis, Mohammed-el-Aboudi, originaire de la tribu des Douairs de Médéah, représente, de son côté, dans nos escadrons indigènes d'Alger, les chefs de la cavalerie régulière au service de l'émir Abd-el-Kader.
El-Aboudi, actuellement à Paris.
Agé aujourd'hui de vingt-trois ans, Mohammed-el-Aboudi, depuis l'âge de onze ans, monte à cheval; aussi est-il un parfait cavalier. En 1838, pendant la paix, il alla rejoindre Abd-el-Kader dans la vallée du Chélif, au pays des Shihen, après de 50 lieues à l'ouest de Blidah, et prit du service dans la cavalerie que l'émir organisait. Il s'y lit bientôt remarquer, et obtint successivement, les grades de brigadier, de maréchal-des-logis et d'officier. Pendant une expédition dans le désert de Constantine, au sac de Sidi-Okbah, ville des Ziban, une jeune fille, parente de notre. Cheikh-el-Arab, Bou-Azis-ben-Gannah, se jeta à ses pieds en implorant sa protection contre les insultes d'une soldatesque effrénée. Il la couvrit de son burnous, et déclara, avec cette énergie calme qui le caractérise, qu'il tuerait le premier qui oserait lever les yeux sur celle qu'il choisissait dès ce moment pour sa compagne. En effet, il ne tarda pas à épouser la jeune Arabe. Les différents combats auxquels il prit part, dans les provinces de Constantine et de Titteri, lui valurent trois décorations d'Abd-el-Kader. Suivant l'habitude des Arabes, qui n'estiment la valeur d'un guerrier qu'en proportion du nombre des têtes coupées à l'ennemi, El-Aboudi compte, dans ses états de services, vingt-cinq têtes coupées dans le combat à des Arabes hostiles à la cause qu'il servait.
A l'affaire du bois des Oliviers, le 20 mai 1840, El-Aboudi fit prisonniers deux soldats français, dont un blessé. Il commandait le détachement qui, sur la route de Douéra, enleva M. le sous-intendant militaire Massot dans la voiture publique chargée de la correspondance entre cette ville et Alger. L'arrivée de quelques cavaliers du poste le plus voisin obligea ce détachement à abandonner la voiture, avec deux femmes et une somme d'argent assez considérable qui se trouvaient dans l'intérieur, les Arabes ayant vainement essayé d'y pénétrer par le coupé et par la rotonde.
Après deux ans de luttes sanglantes, en 1842, les tribus, épuisées par la guerre et mourant de faim, demandaient la paix. El-Aboudi, grâce aux bons conseils que lui donna sa jeune femme, parente d'un de nos chefs les plus dévoués de la province de. Constantine, vint dans le camp français et s'enrôla dans les spahis comme simple cavalier. Il fut nommé brigadier après six mois de services brillants et signalés. Le duc d'Aumale ayant pris le commandement de la province de Titteri, El-Aboudi lui fut désigné parmi les plus grands cavaliers du régiment. Le prince le choisit pour porter son fanon de guerre. A la suite d'une expédition, au mois de mars 1843 il obtint le grade de maréchal-des-logis. A la prise de la Zméla, cette capitale nomade d'Abd-el-Kader, composée de tribus nombreuses dont le convoi, au retour sus Médéah, occupait cinq lieues de long, El-Aboudi, toujours à côté du prince, faisait flotter nos nobles couleurs au-dessus de la tête de son jeune général.
Quand M. le duc d'Aumale dut retourner en France, El-Aboudi demanda à l'accompagner, et il est venu avec le prince à Paris, qu'il habite en ce moment. Nommé chevalier de la Légion-d'Honneur par ordonnance du 5 juillet 1843, il a reçu des mains du roi la décoration que son général avait demandée pour lui, «Voilà une décoration, s'est-il écrié, qui vaut mille de celles que distribuait l'émir!» Et lorsque, le soir, un vieil officier lui demandait qui lui avait donné cette croix, l'Arabe répondit fièrement: «C'est mon sabre et elle a été demandée au grand sultan des Français par le duc d'Aumale.» Une ordonnance du 9 juillet l'a promu au grade de sous-lieutenant de spahis (escadrons d'Alger).