Le général, attentif à ce spectacle, se tourne vers l'aide-de-camp: «Qu'un détachement, lui dit-il, aille occuper de suite le couvent, et qu'on se hâte; cette occasion est trop précieuse pour la perdre.»
L'ordre est exécuté. Un régiment s'avance l'arme au bras, quand tout à coup les moines laissent tomber leurs capuchons el leurs frocs; les habits rouges paraissent à leur place, une grêle de balles tombe sur le régiment en marche, et se croise avec celle que le clocher de Santo-Domingo, également couronné de soldats de Santa-Anna, fait pleuvoir sur lui: les malheureux sont décimés, éclaircis par un double feu avant qu'ils ne soient revenus de leur surprise.
Cependant la position devient critique pour Santa-Anna; les vivres ne manquent pas, mais les finances sont épuisées. Arista, qu'on a sans doute reconnu dans ce moine aux grandes moustaches, a été, par son ordre, mettre à contribution les mines d'argent voisines de Oajaca, et il est de retour, Santa-Anna donne l'ordre de l'introduire dans la pièce qu'il s'est réservée.
«Eh bien! Arista, lui dit-il, combien de talegas (sacs de 1.000 piastres) me rapportez-vous?
--Pas une, mon général; mais, ajouta-t-il, en caressant sa moustache et avec cette satisfaction de l'homme qui a rempli consciencieusement son devoir quoique sans résultat, j'ai apporté en croupe le directeur des mines, bien qu'il proteste par tous les saints du paradis qu'il n'a pas un seul réal disponible.»
Santa-Anna sourit, el lui dit en reprenant sa promenade: «Allez dire à mes muchachos que je n'ai pas d'argent, mais que je leur accorde un tiers en sus de leur paye habituelle.»
Dans l'après-midi une grande rumeur se fait dans la ville et parmi les assiégeants. Le bruit se répand, et ce bruit est vrai, que Mexico a été pillé, que le président est en fuite et le gouvernement renversé.
Le hasard providentiel a servi Santa-Anna. Assiégeants et assiégés se donnent la main, s'embrassent, s'appellent des noms les plus affectueux, hermanos, campadres, et avec d'autant plus de raison que, dans les guerres civiles, frères et compères combattent l'un contre l'autre. Les moines sont remis en possession de leurs couvents, le directeur des mines regagne sa résidence, les soldats de Santa-Anna leur ciel brûlant en faisant crédit à leur général, et celui-ci s'en va rêver de nouveau sous les ombrages de Manga de Clavo.
Tout ceci se passe dans les premiers jours de 1829,
(La fin à un prochain numéro.)