Il se publie depuis quelques jours un journal qui est bien loin d'avoir le même agrément de popularité: l'abonné n'y mord pas, et le lecteur passe à côté. Un des rédacteurs de ce journal non moins généreux qu'inconnu, disait hier avec une résignation naïve: «C'est très-agréable de travailler dans ce journal-là: on est bien payé, on y met toutes sortes de bêtises, et personne ne sait rien!»
Le Sapeur-Pompier (1),
Costume de service.
Deux heures viennent de sonner, Paris s'est enfin décidé à terminer sa longue journée; il dort, ou du moins il s'est retiré dans ses plus secrets appartements. A peine si les patrouilles grises rencontrent ça et là quelque ivrogne attardé dans les rues désertes et silencieuses. Tout à coup un cri terrible a troublé le calme de la nuit: Au feu! au feu!--Déjà tous les habitants du quartier menacé sont réveillés en sursaut et courent sans savoir où. Un incendie vient de se déclarer au troisième étage d'une maison habitée par de nombreux, locataires et entourée de magasins de bois; des tourbillons de flamme et de fumée s'échappent par les fenêtres brisées; une foule immense s'agite devant la maison; les habitants des étages supérieurs, ne pouvant descendre par l'escalier que l'incendie a déjà dévoré à moitié, se sont réfugiés sur les toits, où ils sollicitent à grands cris de prompts secours. Le désordre est à son comble. Les spectateurs sont pleins de zèle, de bonne volonté, de dévouement, mais ils ne savent quels moyens employer pour éteindre le feu et secourir les malheureuses victimes de l'incendie. Un redoute les plus grands désastres, et déjà les locataires des maisons voisines, perdant la tête, commencent à jeter par les fenêtres leurs meubles les plus précieux...
Note 1: Au moment où M. le général Schramm vient de terminer l'inspection du corps des sapeurs-pompiers de la ville de Paris, nous avons cru devoir donner aux lecteurs de l'Illustration quelques détails peu connus sur l'histoire et l'organisation de ce bataillon d'élite, qui rend de si grands services en temps de paix à la capitale de la France.
Mais, en ce moment, un autre cri retentit à l'extrémité de la rue: Les pompiers! les pompiers!--A ces mots, l'espérance renaît dans toutes les âmes; il semble que tout danger ait disparu comme par enchaînement, et que l'incendie, sûr de sa défaite prochaine, diminue d'intensité et semble vouloir battre en retraite devant son redoutable ennemi toujours vainqueur. Ils arrivent en effet, traînant trois par trois, avec la vitesse d'un cheval au galop, une pompe munie de tout les appareils nécessaires, et des voitures chargées de seaux remplis d'eau. Ils veillent la nuit comme le jour. A peine avertis, ils sont partis; ils accourent, ils arrivent, et en quelques minutes ils ont rétabli l'ordre, rendu la confiance à cette population effrayée, et organisé des secours efficaces. L'escalier est détruit; ils parviennent, à l'aide de courtes échelles appliquées d'étage en étage, jusqu'au but: les uns en font descendre dans un grand sac de toile, sans secousse et sans danger, les malheureux qui s'y étaient réfugiés et qui, croyant leur mort prochaine, recommandaient leur âme à Dieu; les autres pénètrent dans l'appartement où l'incendie a pris naissance, ils l'y concentrent, ils le défient, ils le bravent, ils en triomphent. Deux heures après, les dernières flammes sont éteintes, et chacun reprend son sommeil interrompu; eux seuls retournent à leur caserne chargés des bénédictions de la foule; mais ils ne se livreront pas encore au repos; cette nuit même ils auront peut-être d'autres vies ou d'autres propriétés à sauver.
Sapeurs-Pompiers.--Grande tenue.
L'établissement d'un corps organisé de sapeurs-pompiers remonte à la fin du dix-septième siècle. En 1699, Louis XIV, qui avait déjà donné 12 pompes à incendie à la ville de Paris, accorda à M. Dumouriez-Duperrier le privilège de construire seul, pendant vingt années, des machines semblables à celles qu'il avait rapportées de l'Allemagne et de la Hollande.--Les incendiés payaient alors les secours qu'ils recevaient. En 1705, à l'époque de l'incendie de l'église du Petit-Saint-Antoine, la ville possédait 20 pompes desservies par 32 hommes de service, 16 gardiens de pompe et 16 sous-gardiens... Les pompes, alors, étaient déposées dans les établissements religieux, et des détachements de pompiers accompagnaient le roi dans toutes ses résidences.