Franciscolo lui pressait tendrement la main, prenait l'enfant dans ses bras, et paraissait attendri. Mais bientôt la soif des honneurs et l'habitude de chercher le bonheur au dehors du foyer domestique étouffèrent le mouvement instinctif de la nature. Lorsqu'il porta la nouvelle de son ambassade au couvent de Brera, le moine essaya par tous les moyens de le dissuader d'une résolution si funeste. L'aspect solitaire et religieux de la cellule qu'il habitait s'accordait merveilleusement avec les raisons austères qu'il donnait à Pusterla pour l'enlever aux emplois politiques, alors qu'ils ne s'accordaient plus avec l'honneur ni avec le sentiment d'un noble devoir.

Enfin, lorsqu'il vit que son ami restait sourd à toutes ses instances, comme pour lui rappeler ses remarques de la veille et frapper le coup qui lui semblait devoir être le plus sensible: «Et Marguerite?» lui dit-il.

Pusterla resta un moment pensif; puis, relevant la tête avec l'obstination d'un homme décidé à avoir raison, il répondit: «Marguerite est un ange.»

Buonvicino le sentait, et il sentait aussi par là combien il était imprudent de l'abandonner. Toutefois il n'osa pas insister sur ce point, de peur de compromettre la félicité domestique de Franciscolo.

Quel était donc ce moine qui prenait un si tendre intérêt au sort des Pusterla?

Bulletin bibliographique.

Essai sur les Légendes pieuses du Moyen-Age, ou Examen de ce qu'elles renferment de merveilleux, d'après les connaissances que fournissent de nos jours l'archéologie, la théologie, la philosophie et la physiologie médicale; par E.-L. Alfred Maury, membre de la Société des Antiquaires de France, de la Société Asiatique de Paris, etc. 1 vol. in-8. Paris, 1843. Lagrange.

Occupé depuis longtemps à rassembler les matériaux d'un grand travail sur la symbolique chrétienne, M. Alfred Maury eut fréquemment occasion de consulter les martyrologes et les légendes des saints. En les compulsant, il fut frappé à la fois de l'importance des renseignements de tout genre qui s'y trouvent consignés et du déplorable mélange qui s'y est opéré entre le vrai et le faux, entre des récits offrant tous les caractères désirables d'authenticité et de certitude et des fables absurdes, des contes incroyables, dont la moralité blesse souvent les sentiments les plus simples de justice et d'humanité. Il regretta vivement alors qu'il n'existât pas d'ouvrage ou fussent poses les principes d'un système de critique applicable à la majeure partie de ces légendes, et qui permit de discerner la vérité du mensonge, en éclairant ce chaos obscur, où il apercevait la possibilité de l'ordre et de la régularité. Aussi conçut-il l'idée de tenter lui-même ce qui n'avait pas encore reçu d'exécution, et chercha-t-il, par une comparaison longue et attentive une foule de vies de saints, à découvrir les bases de cette critique nécessaire. Tel est le résultat du travail qu'il vient de publier sous ce titre: Essai sur les Légendes pieuses du Moyen-Age.

Quelle méthode M. Alfred Maury a-t-il donc employée pour essayer d'atteindre ce but? Il a pensé qu'il devait avant tout s'efforcer de démêler, dans tous les faits soumis à son examen, l'idée qui paraissait avoir présidé à leur rédaction. Ces différentes idées ainsi obtenues, dit-il dans sa préface, je les ai classées entre elles de manière à les rapporter au moins grand nombre de chefs possible, et ces divisions générales, une fois formulées, m'ont fourni des principes élémentaires que j'ai pris pour base de ma critique. Ce sont ces principes élémentaires que cet essai est destiné à exposer. Ils se réduisent au fond à trois, lesquels ont encore entre eux une fort grande parente, et s'en confondent même en certains points.--On pourrait les énoncer ainsi:

«1º Assimilation de la vie du saint à celle de Jésus-Christ;