On ne sait que trop la suite déplorable de ce succès. Fière de sa victoire, la ville ne songea pas à se prémunir contre les représailles du régent. Elle aurait pu, dans les premiers instants, s'emparer du fort Montjouich; elle le laissa entre les mains de Van Halen. Celui-ci n'eut garde de négliger un tel point. A peine bivouaqué à San Felice, il s'occupa de donner à ce fort une bonne garnison, des vivres et des munitions. Il restait ainsi maître de Barcelone. Sûr d'y rentrer quand il le voudrait, il la hissa organiser sa junte, sa milice, se livrer à toutes les illusions d'une victoire sans base solide et il attendit le régent.

Parti de Madrid le 21, Espartero était le 29 au village de Saria, près de Barcelone; il y établit son quartier-général et s'occupa de réduire la ville insurgée. Le 30, sommation lui fut faite de déposer toutes ses armes aux Atarazanas et de se rendre à discrétion, sinon le bombardement aurait lieu; on lui donna jusqu'au 3 décembre. Le désordre régnait dans Barcelone; la menace du régent effraya une partie de la population. On parla de se rendre; les corps francs, quelques bataillons de milice et les personnages les plus compromis s'y opposèrent. Le 5 arriva, et rien n'était décidé; à onze heures du matin le fort Montjouich ouvrit son feu et lança des bombes sur toutes les parties de la ville.

Des vaisseaux anglais, arrivés depuis peu, s'étaient mis en communication avec le régent et avaient, dit-on, fourni des projectiles à Montjouich. A peu de distance étaient à l'ancre des navires Français. Si les premiers donnaient à Espartero les moyens de détruire Barcelone, les seconds, assistés de notre consul, recueillaient au milieu du danger les malheureuses victimes de cette anarchie politique, et les sauvaient de la mort, sans exception de parti. La marine française a joué un noble rôle dans cette scène déplorable; notre consul, M. de Lesseps, a bien mérité de l'humanité.

Après un bombardement de treize heures, après avoir reçu 817 bombes, après avoir vu ses plus beaux quartiers détruits ou incendiés, Barcelone se rendit le 4 au matin, et ouvrit ses portes aux troupes du régent. Zurbano y rentra un des premiers et se promena avec une cruelle ostentation dans les lieux qui avaient le plus souffert du bombardement. Le même jour de nombreuses arrestations eurent lieu, des commissions se formèrent, et les fusillades commencèrent le 5, peu après la rentrée de Van Halen. Les exécutions continuèrent les jours suivants. De son village de Saria, d'où il n'osait sortir, Espartero donna froidement l'ordre de décimer les milices. Les chefs de l'insurrection étaient en fuite; ce fut donc de malheureux soldats égarés que frappa la vengeance du régent, et ce fut le sort, plus que la gravité de la faute, qui dicta l'arrêt de mort.

Pendant cette première phase de la réaction, Zurbano fut envoyé dans sa province de Girone, où des mouvements insurrectionnels avaient lieu. Il fallait désarmer et museler Figuères et Girone; ou ne pouvait choisir une meilleure main. Il partit le 14 décembre. Son approche causa un tel effroi dans ces deux villes, que beaucoup d'habitants les quittèrent.

Après avoir frappé Barcelone d'une contribution de guerre de 12,000,000 de réaux, comme on le fait pour une ville ennemie; après avoir rempli les prisons, prononcé l'exil, condamné aux galères et à mort le plus grand nombre possible d'insurgés, Espartero sentant sa soif de vengeance à peu près satisfaite, quitta le village de Saria, le 22 décembre, et se mit en route pour Madrid. La veille, pour punir Van Halen de son défaut de vigueur, il le destitua de ses fondions de capitaine-général de la Catalogue, et le remplaça par Scoane, sur la Fermeté duquel il pouvait compter.

(La suite à un prochain numéro.)

Agriculture

DES IRRIGATIONS.

M. DANGEVILLE.--M. NADAULT DE BUFFON.--MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE.