Fig. 1.--Conduite d'eau le long des
flancs des montagnes.

C'est finalement par la chaleur et par la sécheresse qui en résulte, que le midi diffère du nord. Quoi de plus simple, quoi de plus efficace que de conjurer cette chaleur et cette sécheresse par les eau de sources, de ruisseaux et de rivières qu'on laisse avec insouciance descendre des hauteurs d'où Dieu nous les envoie, et se perdre dans les profondeurs de l'Océan?

Nous ne pouvons ici nous étendre sur ces considérations économiques et publiques que nous avons succinctement énoncées; on en trouvera le développement très-étendu dans, un Mémoire publié en 1841.(1) Un ouvrage d'une tout autre nature et d'un intérêt tout de circonstance vient de paraître chez Carilian Goeury. Nous le recommandons fortement à tous ceux qui s'occupent d'arrosages. C'est un traité théorique et pratique des irrigations par M. Nadault de Rallon, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées et chef de la division des cours d'eaux au ministère des travaux publics. L'auteur donne, dans le premier volume, la description et l'histoire des grands canaux d'arrosage du midi de la France et de l'Italie septentrionale. Le second volume est spécialement consacré aux ingénieurs: il traite de la mesure des eaux courantes, et renferme un chapitre du plus haut intérêt, celui où l'auteur décrit les régulateurs, c'est-à-dire les appareils destinés à débiter l'eau courante en quantités exactement connues. Les recherches et les expériences personnelles de M. de Buffon l'ont mis à même de donner des procédés entièrement nouveaux et d'une exactitude rigoureuse, propres à prévenir ces contestations séculaires que m; lèguent si souvent, de générations en générations, ceux qui empruntent leurs eaux d'arrosage à une bouche commune. Le troisième volume doit traiter les questions législatives, administratives et contentieuses.

Note 1: De l'influence des irrigations dans le midi de la France; par M. Cazeaux; chez Huzard.

Fig. 2.--Conduite d'eau le long des
flancs des montagnes.

Nous avons indiqué le sommaire de cet ouvrage, parce qu'il n'existe en France aucun traité complet des irrigations au point de vue de l'art, et que celui-ci va servir de point de départ à tous ceux qui se produiront plus tard.

Sous l'heureuse plume de l'auteur, la matière est loin d'être d'une lecture difficile. La science est tempérée par d'agréables descriptions; les questions d'art sont colorées par les considérations administratives et par les discussions de jurisprudence; celles-ci enfin sont animées par de savantes et curieuses dissertations historiques. On voit que M. de Buffon est aussi bon légiste et habile écrivain qu'il est ingénieur érudit. Il ne fallait pas moins que toutes ces qualités pour bien traiter le sujet, car rien n'est plus complexe que les difficultés auxquelles donne lieu la matière des eaux, surtout en fait d'irrigations; s'il faut réunir à la plus haute science de l'ingénieur la pratique la plus exercée du constructeur, s'il est indispensable d'être versé dans les théories et les applications agricoles, il est non moins important d'avoir étudié à fond la législation civile qui se rattache aux cours d'eau, et d'être familiarisé avec la jurisprudence administrative.

Le mélange des droits de propriété des particuliers avec les droits de police de l'administration, la nécessité de concilier ces droits avec les lois physiques qui régissent le mouvement des eaux, l'importance de faire concourir ces forces au bénéfice de l'agriculture sans cependant nuire aux usiniers, si souvent en concurrence avec les cultivateurs: toutes ces exigences diverses hérissent la matière des eaux de difficultés sérieuses, que M. Buffon semble s'être proposé d'aplanir.