Aussi sa publication doit-elle être considérée comme une bonne fortune par toutes les personnes qui auront à traiter les questions d'irrigation; elle a été considérée comme le vade mecum des arrosants par la commission qui a eu à prononcer sur la proposition qu'a faite M. Dangeville.
Fig. 3.--Conduites d'eaux courantes, au-dessus et au-dessous des canaux.
Les agriculteurs sont, en général très-peu au courant des questions de droit, de police et d'art qui se rattachent aux irrigations; ils les envisagent même avec une sorte de dédain. Cette disposition d'esprit, très-fâcheuse et très-nuisible aux progrès agricoles, finit même, à la longue, par envahir les administrateurs les plus haut placés; on les voit entourés exclusivement par des routiniers, par des praticiens, classes fort honorables et qui doivent sans contredit former la majeure partie de leurs conseils, mais peu favorables, pour ne pas dire hostiles, aux progrès agricoles.
Un mot à ce sujet.
Les progrès agricoles sont surtout une affaire de patience et de persévérance; ils résultent d'une et de plusieurs séries d'expériences avortées, d'essais infructueux d'abord, de dépenses considérables ensuite, qui ne peuvent être faites que par des cultivateurs puissants et courageux; ceux-ci n'ont pas, comme en Angleterre, en Allemagne et dans les autres contrées de l'Europe, le patronage d'une aristocratie constituée dont les générations se succèdent en se léguant, les unes aux autres, le trésor de leur expérience et la continuation de leurs travaux, travaux qui, précipitamment exécutés, deviennent une cause de ruine, et qui sont, au contraire, une source de richesses quand ils sont faits avec la sage lenteur que la nature agricole apporte dans ses oeuvres. Ce ne peut donc être que sur l'administration publique, sur le zèle du ministère de l'agriculture surtout, que la France doit compter pour le développement progressif de la science et de la pratique, agricoles.
Malheureusement, ce ministère est d'une timidité incroyable, il a peur de son ombre; sa bonne volonté est stérile, ses désirs impuissants; il s'effraie de sortir de la route battue, sans remarquer qu'il est surtout créé pour rechercher, pour améliorer, pour innover; car il n'administre rien, ou presque rien, et la principale force financière de son budget consiste dans ce qu'on appelle le fonds d'encouragement. Il sait que les hommes lui manquent encore, et il redoute de se recruter d'hommes nouveaux, tant il a peur que les députés ne lui reprochent son ambition et ne lui rognent son pauvre fonds d'encouragement. Il a tout récemment conquis un homme, capable, M. Royer, qui est venu prendre rang parmi les inspecteurs-généraux de l'agriculture; il doit continuer ainsi, et ce sera le meilleur moyen de sauver son budget; il a besoin plus qu'aucune autre branches des services publics, de s'appuyer sur des hommes qui lui prêtent leur crédit, au lieu de recevoir leur lustre du diplôme officiel et du titre de leur grade.
Fig. 4.--Batardeau de chômage.
En lisant l'ouvrage de M. Nadault, on voit à chaque instant combien il serait utile aux agriculteurs qui entament des canaux d'arrosage d'être aidés de conseils éclairés. Tous les fondateurs des grands canaux du Midi de la France ont été victimes de leur zèle et de leurs efforts faute d'une réunion de connaissances suffisantes en hydraulique, en droit civil et en jurisprudence administrative; ils ont été obligés de céder gratuitement leurs eaux aux propriétaires des terrains que les canaux traversent, et ils n'ont pu arriver à la fin de leur oeuvre sans être ruinés par ces vampires cupides. L'adoption de la proposition de M. Dangeville, combiner avec l'adjonction au ministère de l'agriculture d'une fraction d'ingénieurs spécialement attachés aux questions de dessèchements et d'arrosage, éviterait bien des mécomptes, et doterait la France méridionale, dans un avenir rapproché, des avantages dont jouit la Lombardie.