Nos gravures, tirées du grand ouvrage de M. Nadault, avec son obligeante autorisation, montrent à quel point on a poussé, dans ce dernier pays, la pratique des irrigations. Les deux première figures donnent des exemples de conduites d'eau le long des flancs des montagnes. La troisième, fort curieuse, a été prise sur le canal d'arrosage de la famille Taverna (province de Milan): à l'endroit que représente le dessin, le canal passe au-dessus d'une rigole d'irrigation, dite du Viale, au-dessus de la route communale de Grazie, et, en quittant cette route, il plonge encore plus profondément sous terre pour traverser par un siphon un troisième canal d'arrosage nommé Tehenne. On voit ainsi l'eau bienfaisante se croiser en tous sens, sans se confondre, et profiter des doubles courbures du sol pour se rendre, par les pentes naturelles, sur tous les points, où la terre altérée la boit avidement au grand profit de l'agriculture. La dernière figure donne le modèle d'un batardeau employé au moment des réparations nommé batardeau de chômage: il a le grand mérite d'être simple, parfaitement efficace, facile à installer, et surtout économique: avec un chevalet de cette espèce, coûtant de 300 à 500 francs, on barre le cours d'eau de 10 mètres de largeur et de 1m. 60 de hauteur d'eau. Puisent ces dessins, qui indiquent tant de difficultés vaincues, inspirer à quelque lecteur, possesseur d'une source dédaignée, dans un coin de sa terre, l'idée d'en tirer parti; en augmentant sa fortune, il rendra service à sa commune, dont il accroîtra les bestiaux, source de toute richesse agricole; et l'Illustration, si elle l'apprend, se félicitera de l'heureux résultat obtenu par ses dessins, qui, souvent, en disent plus en un coup d'oeil qu'on n'en pourrait exprimer en vingt pages de prose.
L'été du Parisien.
(Voir page 275.)
Nous ne vous avons parlé dans notre premier article que de quelques bains de mer du littoral de la Manche: nos stations ont été le Havre, Dieppe et Boulogne. Nous avons suivi en cela la mode et le monde de l'aristocratie. Qui oserait avouer, dans un salon de Paris, que pour prendre des bains de mer, il a été tout simplement trouver la mer, n'importe où, au bout des belles prairies de la Normandie, où la tangue scintille au soleil comme des diamants, ou dans quelque petite crique ignorée qui donne abri aux bateaux pêcheurs et que bordent les pauvres cabanes de ces rudes travailleurs? Pour prix de son aveu, le malencontreux baigneur ne recueillerait que les sarcasmes et le titre d'original, qui n'est plus aussi recherché, depuis qu'il y en a tant.
Et cependant, nous vous le demandons, quelle comparaison peut-on établir entre une mer muselée, dominée, vaincue, comme est celle des ports que nous vous citions, une mer où nul danger n'est possible, où l'espace que peut franchir sans crainte le timide baigneur est circonscrit par des cordes, comme un cirque de Franconi, où, pour assister au spectacle d'une tempête dans un verre d'eau, on peut prendre sa stalle, s'asseoir commodément, et battre des mains ou siffler à son aise, suivant que la mer a plus ou moins bien joué son rôle, brisé le mat d'un navire en détresse ou arraché un des anneaux de la jetée; et cette mer terrible et majestueuse, qui, dans sa fureur, respecte à peine, les limites que Dieu lui a posées, qui pousse l'une après l'autre ses vagues menaçantes contre tout ce qui lui fait obstacle, et ne se repose que quand elle a dit le dernier mot de sa colère et jeté à l'homme le défi de lutter avec elle? C'est là qu'il faut aller, ô vous tous que n'a pas encore étiolés l'atmosphère de Paris, vous tous qui vous sentez de l'énergie au coeur et de la vigueur dans les membres; car c'est là qu'est le danger, c'est là que vous pourrez jouer avec la lame, et éprouver ces puissantes émotions qui font naître et entretiennent les grandes pensées. Allez donc le long des falaises, loin des villes et des ports; cherchez un petit coin bien ignoré du monde des touristes, et vivez de la vie de ces braves et dignes pêcheurs qui passent leurs jours entre le ciel et l'eau, et reviennent le soir près de leurs fidèles ménagères raconter les dangers de la journée et faire leurs projets du lendemain. Certes, cette vie d'un aspect si monotone est la vie poétique en réalité; rien n'y manque: ni l'ardeur aventurière, ni l'amour du foyer, ni la croyance naïve dans la protection de la Vierge-de-Bon-Secours, qu'on vient prier et remercier au retour. Mêlez-vous à ces hommes dont la rude écorce recouvre et conserve une sève généreuse; prenez part à leurs dangers et à leurs joies, et vous comprendrez alors la nature dans toute sa splendeur, la grandeur de l'oeuvre de Dieu dans l'ordre matériel et dans l'ordre intellectuel.
Vue de l'Établissement thermal d'Enghien
Eaux-Bonnes.