Le lac d'Enghien est entouré de tous côtés par ces beaux arbres dont nous vous parlions tout à l'heure, et parsemé d'îles verdoyantes qui ressemblent à des corbeilles de fleurs sorties du sein de l'eau. Le terrain qui borde le lac a été partagé en lots, et de toutes parts se sont élevées d'élégantes constructions, chalets suisses ou cabanes rustiques, des parterres avec leur sable d'or et de petits embarcadères, au pied desquels se balancent gracieusement des chaloupes, des canots et jusqu'à, de petits navires, ravissantes miniatures. Le matin et le soir on voit ces frêles embarcations sillonner le lac et aller d'une île à l'autre, jusqu'à ce qu'elles abordent, débarquant les provisions qui doivent servir aux pique-niques; ou bien on imite les nuits vénitiennes: les gondoles partent à la nuit tombante, et, du milieu du lac, les accords les plus suaves, dont le silence complet de la nature double le charme, vous transportent en imagination dans ces contrées où les nuits sont plus belles que les plus beaux jours.

Pour promenades aux environs, on a la vallée de Montmorency avec sa magnifique forêt, Écouen et son admirable château du temps de François Ier, Saint-Leu-Taverny, et vingt autres charmants villages posés coquettement sur le revers des collines avoisinantes et presque tous ombragés par des arbres séculaires.

Maintenant, si vous aimez les contrastes, si à une nature calme et reposée, où le coeur vit par lui-même, vous préférez les grandes scènes, l'aspect effrayant d'une nature tourmentée, le danger dans les excursions; si aux habitants monotones de la banlieue de Paris, à leurs costumes trop connus, vous voulez substituer un spectacle nouveau, des moeurs nouvelles et des costumes pittoresques, nous vous mènerons aux Pyrénées.

Eaux de Bagnères de Luchon.

C'est dans les Pyrénées qu'on peut bien saisir la trace de ces convulsions souterraines dont nous vous avons parlé plus haut; ce ne sont partout que rochers abruptes dont les cimes semblent menacer le ciel, crevasses profondes où l'on entend mugir les vents, voûtes pendantes qui recouvrent des cascades horribles à voir et à entendre, déchirements qui soulèvent un coin de l'intérieur de la montagne et font frémir celui qui les regarde, pentes inabordables que franchissent seuls l'isard et le chamois, et sur lesquelles roulent en avalanches les rocs et la neige. Ce n'est plus là la nature de convention, proprement peignée et habillée: ce sont de magnifiques horreurs qui ont sur l'homme un charme d'attraction extraordinaire; et puis, au milieu de ces figures, près du torrent impétueux dont l'écume se mêle aux cailloux qu'il arrache à ses bords, sous des murs perpendiculaires de 4 à 520 mètres qui obstruent l'air et le soleil, si par hasard il se trouve une corniche de 30 à 50 centimètres de large, c'est là qu'il vous faudra passer sur les pas de votre guide; vous aurez le vertige, une sueur froide inondera votre corps, vous vous sentirez attiré invinciblement vers l'abîme, vous vous pencherez vers lui, plus près à chaque instant, et toujours plus près, et si vous n'avez pas, près de vous, celui qui est chargé de vous conduire, celui qui sait, sans frémir, sauter par-dessus une fente de 200 mètres de profondeur, vous irez où va l'eau du torrent, vous roulerez avec ses galets et vous mourrez inconnu au milieu de ces scènes grandioses sans que le torrent s'arrête, sans que le soleil voile un seul de ses rayons. Tels sont les plaisirs des montagnes, telles sont les émotions que peuvent se procurer les baigneurs des Pyrénées, les excursions qui servent plus que les eaux, n'en déplaise à la médecine, à réconforter un malade et à le mettre à même de recommencer une campagne d'hiver à Paris.

Eaux de Bagnères de Bigorre.

Eaux de Mont-Dore.