«La liberté, ils l'aimaient tellement que, dans leur ardeur pour elle, ils voulaient commencer par l'étouffer dans le haut enseignement... Heureux présage de ce qu'ils feront dans l'enseignement secondaire!... Dès les premiers mois de l'année 1842, ils envoyaient leurs jeunes saints au Collège de France pour troubler les cours.»

Les premiers troubles dont parle M. Michelet furent promptement apaisés... L'indignation du public effraya ces braves; peu organisés encore, ils crurent devoir attendre l'effet tout-puissant du libelle le Monopole universitaire, que le jésuite D... écrivait sur les notes de ses confrères, et que M. Desgarets, chanoine de Lyon, a signé en avouant qu'il n'en était pas l'auteur.

Cette année, au mois d'avril, les troubles ont recommencé. Deux professeurs, MM. Michelet et Edgar Quinet, osaient se permettre de parler des jésuites dans leurs chaires. Les jésuites accoururent en masse, et essayèrent d'étouffer la voix des professeurs, non-seulement par des sifflets, mais par des bravos. Le véritable public s'empressa de jeter à la porte ces insolents perturbateurs; la presse entière (sauf le journal des jésuites) prit fait et cause pour la liberté de discussion. De nouvelles tentatives de désordre furent immédiatement réprimées par les amis et les élèves de MM. Michelet et Quinet, les deux éloquents professeurs purent continuer leurs leçons sur le jésuitisme, et «ces nouveaux missionnaires de la liberté religieuse se retirèrent, dit M. Edgar Quinet, la rage dans le coeur, honteux de s'être trahis au grand jour, et prêts à se renier, comme en effet ils se sont reniés dès le lendemain.»

Reproduites en partie par les journaux de toutes les opinions, les leçons de MM. Michelet et Edgar Quinet viennent d'être réunies et publiées en un petit volume in-18, du prix modeste de 2 francs. Trois éditions, épuisées en moins d'un mois, prouvent quel vif désir la France entière a d'apprendre à bien connaître les jésuites, pour être plus sûre de pouvoir en toute occasion les démasquer et les confondre, et les enfoncer seuls, selon les expressions de M. Michelet, dans cet enfer de boues éternelles où ils voudraient l'entraîner avec eux.

Depuis leur dernière défaite, la situation a changé: les jésuites ont publié à Lyon leur second pamphlet intitulé: Simple coup d'oeil. Ce pamphlet, tout autre que le premier, est plein d'aveux étranges que personne n'attendait. Il peut, dit M. Michelet, se résumer ainsi:

«Apprenez à nous connaître, et sachez d'abord que dans notre premier livre nous avions menti... Nous parlions de liberté d'enseignement, cela voulait dire que le clergé doit seul enseigner; nous parlions de liberté de la presse... pour nous seuls. «C'est un levier dont le prêtre doit s'emparer.» Quant à la liberté industrielle; «S'emparer des divers genres d'industrie, c'est un devoir de l'Église.» La liberté des cultes «N'en parlons pas, c'est une invention de Julien l'Apostat... Nous ne souffrirons plus de mariages mixtes; on faisait de tels mariages à la cour de Catherine de Médicis, la veille de la Saint-Barthélémy!»

«Qu'on y prenne garde: nous sommes les plus forts. Nous en donnons une preuve surprenante, mais sans réplique: c'est que toutes les puissances de l'Europe sont contre nous... Sauf deux ou trois petits États, le monde entier nous condamne.»

«Chose étrange, ajoute M. Michelet, que de tels aveux leur soient échappés! Nous n'avons rien dit de si fort. Nous remarquions bien dans le premier pamphlet des signes d'un esprit égaré; mais de tels aveux, un tel démenti donne par eux-mêmes aujourd'hui à leurs paroles d'hier!... Il y a là un terrible jugement de Dieu... Humilions-nous.

«Voilà ce que c'est que d'avoir pris en vain le saint nom de la liberté; vous avez cru que c'était un mot qu'on pouvait dire impunément quand on ne l'a pas dans le coeur. Vous avez fait de furieux efforts pour arracher ce nom de votre poitrine, et il vous est advenu comme au saint prophète Balaam, qui maudit, croyant bénir; vous vouliez mentir encore, vous vouliez dire liberté, comme dans le premier pamphlet, et vous dites: meure la liberté! Tout ce que vous avez nié, vous le criez aujourd'hui devant les passants!»

De l'organisation et des attributions des conseils-généraux de département et des conseils d'arrondissement; par M. J. Dumesnil, avocat aux Conseils du roi et à la Cour de cassation, membre du conseil-général du département du Loiret; troisième édition, entièrement refondue et mise en rapport avec l'état actuel de la législation, de la jurisprudence et des instructions ministérielles. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. Charpentier (galerie d'Orléans, 7). 14 fr.