Un autre se contenterait d'être un grand historien; M. Marco ajoute à ce mérite plus d'un genre d'agrément; M. Marco Saint-Hilaire connaît les poètes sur le bout du doigt. Êtes-vous embarrassé pour savoir de quel père poétique tel ou tel hémistiche est le fils? allez consulter M. Marco Saint-Hilaire; il vous tirera d'embarras, vous disant: Ceci est de Virgile, ceci d'Ovide, ceci de Pindare, ceci de Dante, ceci de Boccace, de Shakspeare, de Corneille ou de Lamartine.
Dans un de ses derniers feuilletons, M. Marco donne une preuve magnifique de ce profond savoir. Il s'agit d'une entrevue entre Talma et Napoléon. Talma, suivant M. Marco, est occupé à donner à Napoléon un échantillon de son savoir-faire. Après plusieurs exercices, il arrive enfin à ce vers:
Il s'en présentera, gardez-vous d'en douter.
«Vers admirable, ajoute M. Saint-Hilaire, vers si connu que Racine met dans la bouche d'Agamemnon.»
Je voudrais savoir ce que Tancrède et Voltaire pensent de l'érudition poétique de M. Marco.
Et voilà justement comme il écrit l'histoire.
--Un ancien acteur vient de mourir, un des vieux compagnons d'Odry, de Potier et de Tiercelin; Bosquier-Gavaudan n'était pas de la force de ces trois illustres camarades; il n'avait ni leur talent original ni leur popularité; mais il s'était fait aussi des partisans et des admirateurs: c'était un gros bonhomme rond, roulant, joyeux, qui aurait chanté cent couplets de suite sans reprendre baleine.
Chaque chose vient à propos, chaque homme arrive à sa place; Bosquier-Gavaudan était contemporain de Désaugiers et du caveau, il naquit certainement pour chanter; il vécut en chantant: il est mort dans un temps où l'on ne chante plus.