M. Caboche, professeur de rhétorique au collège Charlemagne, a pris ensuite la parole et entamé une fort longue et fort inintelligible harangue latine, à phrases redoublées et périodes cicéroniennes, dont le sujet, si toutefois nous avons bien compris l'orateur, était le développement de cette pensée si chère au bon Rollin: les habitudes de travail et de sagesse qu'on prend dans les collèges, sont la meilleure préparation pour la conduite difficile de la vie. M. Caboche a cru d'ailleurs devoir consacrer une grande partie de son discours à louer indirectement M. Villemain.

Après ces deux discours, on est passé à la lecture des prix.

Trois collèges se sont partagé les trois prix d'honneur: Rollin a eu celui de philosophie, Charlemagne celui de rhétorique, Saint-Louis celui de mathématiques spéciales. Les trois grands lauréats sont les élèves Debreuil, Blandin et Roger; après eux nous avons surtout remarqué les noms des élèves Gournault, du collège Louis-le-Grand, qui a remporté en troisième un premier prix, deux seconds et un accessit; Dareste et Blain des Cormiers, du collège Henri IV, qui ont été tous les deux couronnés en philosophie; Lille, du collège Louis-le-Grand, qui n'a pas été nommé moins de six fois (un prix et cinq accessits, dont trois premiers), etc., etc. Les journaux quotidiens ont d'ailleurs donné la liste exacte de la distribution des prix.--Louis-le-Grand a, cette année, repris l'avantage sur Charlemagne: il compte vingt-quatre prix, tandis que son rival en a tout au plus vingt. Les autres collèges restent toujours à une distance respectueuse, et se maintiennent dans une moyenne de huit à quinze prix.

L'Illustration a déjà donné, à l'occasion d'une solennité musicale, le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Nous n'en reproduirons pas ici la gravure, mais en revanche nous mettons sous les yeux de nos lecteurs le tableau fidèle et animé que présente la cour de la Sorbonne au moment de la sortie du grand concours.

A deux heures, M. le ministre n'a pas le temps de prononcer la clôture; déjà de toutes parts la foule se précipite vers les portes, et les tribunes et l'amphithéâtre débordent à grands flots dans la cour. Les mères qui embrassent leurs fils, les professeurs qui se complimentent, les camarades qui se disent adieu, les grands dignitaires qui se saluent et se courtisent, tous se pressent, se heurtent et se mêlent; les chevaux des voitures et des municipaux piaffent sur le pavé, la musique sonne sa dernière fanfare, vivement soutenue par les coups de la grosse caisse; le tambour bat aux champs, la garde présente les armes à M. le ministre; les livres dorés étincellent au soleil; les vertes couronnes, les écharpes brillantes, les robes noires des professeurs, les couleurs jaunes, violettes, rouges, des épitoges, se touchent et se confondent; c'est un tableau pittoresque, un pêle-mêle éblouissant dont l'effet ne saurait se décrire; l'oeil est à la fois ébloui et charmé; mille bruits confus, des rires, des cris, des hennissements, des fanfares, remplissent les oreilles et les étourdissent: la fête n'a jamais semblé plus magnifique qu'au moment même où elle s'achève, et la cour de la Sorbonne, qui dans deux minutes aura repris sa tristesse habituelle, est plus gaie, plus tumultueuse et plus resplendissante alors que le foyer de l'Opéra dans une nuit de bal.

La foule s'écoule, la Sorbonne demeure abandonnée; mais cependant la grande fête universitaire n'est point encore terminée: plus heureuse que les autres fêtes du calendrier, elle aura un lendemain. Tous ces bruits joyeux, ces acclamations triomphantes, ces riches applaudissements, trouveront demain, à la même heure, un vigoureux écho dans les cours des huit collèges; après le grand triomphe viendront les ovations; car ne croyez pas que demain, dans la grande salle de Louis-le-Grand, sous la tente de Henri IV, l'on doive célébrer une autre fête; non, il ne sera question, il ne sera bruit que de la magnifique journée d'hier; chaque proviseur, en prenant à son tour la parole devant ses élèves, commencera infailliblement son discours par ces pompeuses paroles: «Non, vous n'avez pas failli, jeunes élèves!» puis il énumérera tous les succès remportés la veille par sa chère phalange, il les exaltera à plaisir, les fera briller aux yeux des parents, et concluera, comme le fameux bulletin: «Soldats, je suis content de vous!» Alors on couronnera de nouveau les lauréats de la Sorbonne, et tandis qu'une simple palme sera la récompense des prix du collège, ceux du concours, si bien payés déjà, mériteront encore une couronne de fleurs, une double salve d'applaudissements, une triple fanfare.

Ce jour-là d'ailleurs est peut-être la plus belle et la plus douce fête de Paris. Vous ne rencontrez partout que des gens en parure, tout chargés de beaux livres et de couronnes; vous ne sauriez entrer dans une famille sans y trouver des apprêts inaccoutumés de joie et de festins; partout on tue le veau gras; il semble que, pour les mères autant que pour les fils, le premier jour des vacances soit le plus beau de l'année. Le pauvre seul est triste, hélas! dans cette heureuse journée, et lorsqu'il voit passer ces enfants, si magnifiquement récompensés de leur travail et de leur science naissante, il pense amèrement à ses fils, les héritiers de son ignorance et de sa misère, à ses fils, auxquels on a bien fait l'aumône de l'intelligence, suivant l'expression d'un grand poète et d'un grand orateur, mais qui pourtant, par leur pauvreté même, sont encore condamnés à demeurer pauvres d'esprit, et ne peuvent obtenir, tout au plus, que le nécessaire intellectuel, c'est-à-dire juste de quoi savoir lire, écrire et compter.

Martin Zurbano.

RÉSUMÉ DES DERNIERS ÉVÉNEMENTS POLITIQUES ET MILITAIRES EN ESPAGNE.