EXPÉRIENCE DU 27 AOÛT.

Dans la durée d'une heure, ramasser avec la bouche, à genoux, et rapporter l'un après l'autre, au punit de départ, cent oeufs disposés à égale distance, sur une ligne droite de cent mètres, en sautant chaque fois une haie de steeple-chase d'un mètre de hauteur; tel est le programme d'un exercice qui a eu pour témoins, lundi dernier, sur les terrains du tir de M. Renette les membres du Jockey-Club et quelques amateurs profanes.

Coots, né à Londres, âgé de trente-neuf ans, est venu d'Angleterre, où sa renommée comme coureur et comme boxeur est depuis longtemps établie, pour donner à l'illustre club ces preuves de sa merveilleuse agilité. Lundi dernier, à quatre heures douze minutes, vêtu de flanelle, il s'est mis en marche et a exécuté le programme; mais, hélas! le malheureux! il a dépassé d'une minute, d'une seule minute, les soixante minutes convenues. Toutefois, les spectateurs se sont montrés indulgents; le Jockey-Club a bien voulu être un peu moins sévère pour lui qu'il ne l'aurait été pour miss Atalante ou toute autre miss en retard «d'une tête:» on l'a consolé d'un échec qui véritablement n'en est pas un. Il est certain qu'en soixante minutes s'agenouiller cent fois, sauter cent fois une haie, et parcourir, en répétant ce fatigantes évolutions, une distance que l'on évalue à dix kilomètres (environ deux lieues et demie), c'est assurément une tâche difficile, et qui suppose autant de force de volonté que de vigueur musculaire.
Exercices de Coots.

Coots, célèbre boxeur anglais. Un des élégants Mécènes de Coots propose de parier que le meilleur piéton de Paris, marchant d'un pas direct et accéléré, ne traverserait pas le Bois de Boulogne aussi vite que Coots marchant à reculons. On assure que plusieurs élèves de nos gymnases ont offert d'entrer en lutte avec Coots. C'est bien: cette émulation n'a rien que de fort convenable; mais que le Jockey-Club n'outrepasse point son but, et qu'il ne lui vienne pas en fantaisie, comme on le soupçonne sans doute trop légèrement, de nous attirer à Paris des boxeurs ou des tauréadors.

De l'autre côté de l'Eau.

SOUVENIR D'UNE PROMENADE.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que le voyageur le plus exact est justement celui qui le paraît le moins, et qui, sans s'occuper de l'ordre ou de l'exactitude des faits, raconte fidèlement, dans toute leur naïveté, non l'histoire de son voyage, mais celle de ses sensations.

Il est malheureux que cette idée soit venue à beaucoup de gens d'esprit avant de traverser mon cerveau. A compter de Sterne, je ne sais pas un de ces prétendus voyageurs sentimentaux qui ne se soient crus dans l'obligation d'orner singulièrement la vérité de leurs souvenirs, pas un qui n'y ait mêlé des incidents évidemment romanesques. Comme si la vérité ne suffisait pas toujours et partout.

Et, en parlant de Sterne, je veux bien croire à l'histoire du Sansonnet, mais j'attesterais devant toutes les cours de justice de ce monde ou de l'autre qu'il n'a jamais rencontre, à une demi-lieue de Moulins, sous un peuplier, Maria la folle tout de blanc vêtue, avec un ruban vert-pâle en sautoir, un chalumeau pendu à ce ruban, un cordon attaché à sa ceinture, et, au bout de ce cordon, un petit chien. Un petit chien nommé Sylvio!--à une demi-lieue du Moulins.

UN LIEU CONSACRÉ.

Chambre de Sterne.--Ces mots étaient écrits sur une porte grise, dans le corridor où me conduisit le factotum de l'hôtel Dessein.