Moissonneuse à la faucille.

Les Anglais, dont le génie inventif a perfectionné tant d'industries, ont fait usage les premiers des machines à battre, aujourd'hui assez répandues, en France dans les pays de grande culture. Elles ont toutes pour base la machine écossaise, formée essentiellement de deux cylindres cannelés, entre lesquels les épis sont engagés et les pailles froissées, ce qui ne permet pas à un seul train de rester dans l'épi.

Ces machines ont le défaut de coûter fort cher; on ne peut en avoir une passable à moins de 2,000 francs; les meilleures coûtent le double; elles ne conviennent par conséquent qu'aux grandes exploitations. L'usage commence à s'introduire, parmi les fermiers de Seine-et-Marne, d'Eure-et-Loir (Brie et Beauce), d'acquérir en commun une machine à faire argent de ses grains; elle laisse toujours une portion considérable de grains dans l'épi: voilà, certes, bien des motifs pour que l'agriculture y renonce à jamais. On objecte la suppression de la main-d'oeuvre; cette objection, qu'on peut opposer d'ailleurs à toute espèce de mécanique perfectionnée, est ici sans aucune valeur: les bras manquent pour les travaux des champs; les villes et l'armée absorbent et dévorent la jeunesse des campagnes; l'emploi des machines à battre, dont toutes les fermes d'une commune se servent tour à tour.

Moissonneur à la faux. Dépiquage des blés dans les départements méridionaux.

Il reste beaucoup à faire dans cette voie pour doter la petite culture d'une bonne machine à battre, d'un prix modéré; les divers essais de fléaux mus par une manivelle adaptée à un cylindre n'ont pas jusqu'ici atteint ce double but; la moyenne et la petite culture en sont encore au fléau à bras pour toute ressource; c'est la plus lente et la plus défectueuse manière de battre les céréales; elle coûte fort cher, elle met le fermier à la merci des ouvriers au moment où il lui faut battre ne retranche rien au salaire des travailleurs agricoles. Le grain battu n'est pas encore sauvé des attaques de ses innommables ennemis. Dans les greniers, outre les souris qu'il est facile de détruire, il est en proie à un insecte fort petit, mais très-destructeur, parce qu'il multiplie prodigieusement. Le charançon (curculio) est le fléau de nos greniers. De tous les moyens de détruire les charançons, le plus simple consiste à étendre le soir sur les tas de blé de peu d'épaisseur des toisons en suint, non lavées, provenant de moutons récemment abattus; tous les charançons se rendent pendant la nuit dans la laine de la toison; chaque matin on la secoue dans la basse-cour afin que les poules profitent des charançons, dont elles sont fort avides; au bout de quelques jours, il n'y a plus de charançons en apparence; mais il suffit de deux ou trois de ces insectes échappés à la destruction pour repeupler très-rapidement; puis ceux qui étaient à l'état de larve n'ont pu être attirés par l'odeur des toisons, et recommencent bientôt une génération nouvelle.

Moissonneurs faisant des meules.

Les procédés qui préviennent la multiplication des charançons sont donc de beaucoup préférables aux procédés de destruction, qui n'atteignent jamais complètement leur but. Dans les greniers des fermes, on n'emploie pas d'autre moyen que de remuer fréquemment les grains à la pelle, moyen long, coûteux et peu efficace. Mais dans les vastes établissements de meunerie, dont un des plus baux modèles qui soient en Europe est le moulin à vapeur de la Villette, à l'extrémité du faubourg Saint-Martin, on use d'un procédé fort ingénieux, qui exige un bâtiment construit exprès; le blé, au moyen d'un système de trappes, y est mis en circulation du haut en bas, d'étage en étage, et remonté à l'étage supérieur au moyen d'une bascule; il reçoit ainsi l'agitation et la ventilation nécessaires à sa bonne conservation, et les insectes ne peuvent s'y multiplier.