LA CONJURATION.

on Jésus, qui fûtes aussi un petit enfant, et qui dès votre enfance avez commencé à souffrir; vous qui croissiez en âge et en sagesse, soumis à vos parents, et acquérant de la grâce devant Dieu et devant les hommes, oh! veuillez garder mon enfance, et faire que je n'en souille pas la pureté, et que mes oeuvres, conformes à votre volonté, me promettent un bel avenir aux yeux de mes parents et de mes concitoyens.

«Bon Jésus, qui avez tant aimé vos parents, je vous recommande les miens; bénissez-les, donnez-leur la patience dans la douleur, la force de se soumettre, et la consolation de me voir grandir tel qu'ils me désirent, dans la crainte du Seigneur.

«Bon Jésus, qui avez aimé votre patrie même ingrate, et qui pleuriez en prévoyant les maux dont elle allait être accablée, regardez mon pays d'un oeil bienveillant, délivrez-le de ses maux, convertissez ceux qui le contristent par leurs fraudes ou par leurs violences; inspirez-leur la confiance du bien, et faites que je puisse devenir un jour un citoyen probe, honnête, dévoué.»

Marguerite faisait répéter cette prière à son Venturino, qui se tenait à genoux devant elle et les mains jointes. Une mère qui apprend à prier à son enfant est l'image à la fois la plus sublime et la plus tendre qu'un puisse se figurer. Alors la femme, élevée au-dessus des choses de ce monde, ressemble à ce anges qui, nos frères et nos gardiens dans cette vie, nous suggère nos vertus et corrigent nos vices. Dans l'âme de l'enfant se grave, avec le portrait de sa mère, la prière qu'elle lui a enseignée, l'invocation au Père qui est dans le ciel. Lorsque les séductions du monde voudront le conduire à l'iniquité, il trouvera la force de leur résister en invoquant ce Père qui est dans le ciel. Jeté au milieu des hommes, il rencontre la fraude sous le manteau de la loyauté, il voit la vertu dupée, la générosité raillée, la haine furieuse, et tiède l'amitié; frémissant, il va maudire ses semblables... mais il se souvient du Père qui est dans le ciel. A-t-il, au contraire cédé au monde, l'égoïsme et ses bassesses ont-ils germé dans son âme? au fond de son coeur résonne une voix, une voix austèrement tendre, comme celle de sa mère lorsqu'elle lui enseignait à prier le Père qui est dans ciel. Il traverse ainsi la vie; puis, au lit de mort, abandonné des hommes, entouré seulement du cortège de ses oeuvres, il revient encore, en pensée, à ses jours enfantins, à sa mère, et il meurt plein d'une tranquille confiance dans le Père qui est au ciel.

Et Marguerite faisait répéter cette prière à son pieux enfant; puis le déshabillant elle-même, aimable travail qui n'est jamais une fatigue pour les mères, mais la plus suave des douceurs, elle le couchait, le baisait, et, avec l'effusion de la tendresse maternelle, elle s'écriait: «Tu seras vertueux!»

Bientôt Venturino abandonnait ses paupières à ce sommeil béni de l'enfance, qui s'endort sans une pensée entre les bras des anges, sans une pensée se réveille... Heureux jours! les plus beaux de la vie, et qu'on passe sans les goûter!

Marguerite contemplait In rapide respiration de l'enfant. Le brillant incarnat que le sommeil répandait sur les joues de Venturino l'invitait à les couvrir de ses baisers, et le visage de la mère resplendissait d'une ineffable béatitude pendant qu'elle demeurait absorbée dans la contemplation muette de ces yeux fermés, qui devaient lui sourire amoureusement au réveil.