Tel fut, en effet, le début à Paris de Marie-François-Xavier Bichat, l'un des génies les plus étonnants qui aient illustré la médecine. Après avoir passé sa première enfance près de son père, médecin et maire du petit bourg de Poncin-en-Bugey (Ain), il avait fait ses études classiques au collège de Nantua, puis au séminaire de Lyon, et s'était ensuite livré à son goût pour l'art de guérir. Interrompu dans ses travaux par les troubles politiques, il avait quitté Lyon après le siège de cette ville, non sans regretter les leçons et le savant patronage de son premier maître; heureusement le génie de Desault devina celui de Bichat, et loin de lui porter envie, loin de chercher à l'arrêter dans son essor, il l'adopta et ne négligea rien pour le développer, donnant ainsi un grand exemple.
Bichat se montra digne d'une pareille amitié; il se livra à l'étude avec plus d'ardeur que jamais, partagea tous les travaux de son illustre maître; et quand, dix-huit mois après, la mort vint le lui ravir inopinément, il devint à son tour l'appui de la veuve et du fils de celui qui l'avait traité en père.
De 1795 à 1798, il publia plusieurs ouvrages résumés des leçons de Desault, ou fruits de ses propres études. En 1797, il entra dans la carrière du professorat, et fit un cours d'anatomie et d'opérations chirurgicales. En 1798, il aborda la physiologie et la médecine proprement dite, et publia, en 1800, ses belles Recherches physiologiques sur la vie et la mort. La même année il fut nommé médecin de l'Hôtel-Dieu, quoique à peine âgé de vingt-huit ans.
Entièrement livré à son service d'hôpital et aux études de l'amphithéâtre pendant la journée, il passait les nuits à composer ses immortels ouvrages; et ce fut ainsi que, grâce à une immense capacité pour le travail et à une facilite prodigieuse, il publia en quelques années des chefs-d'oeuvre qu'il devait, ce semble, avoir à peine le temps d'écrire, et parmi lesquels son Anatomie générale est un de ses beaux titres de gloire.
Cherchant sans cesse dans l'examen de l'homme mort les traces laissées par la maladie, il fit faire un grand pas à l'anatomie pathologique, dont on peut le regarder comme le créateur; enfin il méritait ce que Corvisart disait de lui: «Personne, en aussi peu de temps, n'a fait tant de choses et aussi bien.»
Épuisé par le travail et par les veilles, il refusait de suivre les conseils de ses amis, qui cherchaient en vain à lui faire prendre du repos. Depuis quelque temps il souffrait d'indispositions fréquentes, lorsque, vers la fin de juin 1802, il fit une chute en descendant un escalier de l'Hôtel-Dieu, et perdit connaissance. Le lendemain il voulut, néanmoins, faire encore son service à l'hôpital, mais il s'évanouit au milieu de sa visite. Ramené chez lui, il succomba quatorze jours après, dans la maison de Desault, et fut pleuré par la veuve de son père adoptif, qu'il n'avait pas quittée.
Sur la demande de Corvisart, et par les soins du premier Consul, une table de marbre, placée, le 2 août 1802 dans le vestibule de l'Hôtel-Dieu, atteste, la reconnaissance du pays envers Desault et Bichat; on lit avec plaisir dans la même inscription funéraire les noms de ces deux grands hommes si unis pendant leur vie.
Statue de Bichat, par M. David d'Angers,
inaugurée le 21 août, à Bourg.
Un monument a été élevé à Bichat dans la ville de Lons-le-Saulnier (Jura). La ville de Bourg vient à son tour d'inaugurer pompeusement, le 24 août, une statue de cet illustre savant sur la place de la Grenette. La cérémonie avait attiré un concours immense, et les médecins surtout y affluaient. Le vénérable Pariset représentait l'Académie royale de Médecine, dont il est le secrétaire; les Facultés de Pans et de Strasbourg avaient pour délégués M. Hippolyte Royer-Collard et M. Forget; Lyon, où Bichat commença ses travaux d'anatomie et de médecine opératoire, avait envoyé à cette fête médicale MM. Brachet, Berrier, Bonnet, Martin, Pravaz, Repiquet, Montain, Gommier, Bouchet, etc. Le cortège s'est mis en marche à dix heures, escorté par la compagnie des pompiers, et précédé de la musique de l'artillerie. En tête s'avançaient M. le préfet de l'Ain, M. le maire de Bourg, M. le général commandant le département, MM. d'Angeville, Perrier, Latournelle, Poizat, députés de l'Ain; les membres du conseil général, les médecins, les fonctionnaires publics, les maires de Poncin et de Thourette, suivaient avec les souscripteurs du monument. La place de la Grenette était garnie d'estrades circulaires, ou se tenaient des dames élégamment parées: «Jamais ou n'en vit tant et de si jolies,» dit le galant journal de la localité. Une foule considérable occupait les abords de la place et les hauteurs du bastion.